Qui es la plus belle?

Travers

Spectacle crée le 27 juillet 2018 à Malérargues, Centre Roy Hart, Gard.
Création, Interprétation : Yane Mareine
Mise en scène : Daniela García
Dramaturgie : Yane Mareine et Daniela García
Arrangements musicaux et piano : Saso Vollmaier
Percussions : Christiane Cobral
Cet article est une critique contextualisée : elle fait référence
à Yane Mareine que j’ai rencontré dans un contexte polémique:
la formation de professeurs Roy Hart. Et à Daniela García, connue
auparavant sous le nom de Daniela Molina, proche collaboratrice
que j’ai eu le plaisir de diriger dans trois spectacles écrits par elle:
L'Autri-chienne, Animitas, et La Boîte Noire. Site Web

Qui est la plus belle ? La plus belle appartient à Yane Mareine : sienne est, sans conteste pour moi, la plus belle voix que j’aie entendue à la Magnanerie, la salle de spectacles du Centre Roy Hart dans le Sud de la France. Et le lieu en impose : c’est en quelque sorte l’un des grands temples internationaux de la voix. J’y ai entendu des centaines de voix, et, qui plus est, ma compagne et collaboratrice, Linda Wise, a fait sa spécialité de l’Art de l’Interprétation : les concerts avec ses collaborateurs et élèves sont du plus haut niveau de performance vocale, « chantée ». Il va falloir, bien sûr, « s’entendre » (comme l’on dit si bien en français), sur ce que j’entends par « belle voix », et pourquoi celle de Yane Mareine, dans ce spectacle du 27 juillet 2018, était la plus belle. Cet article est un essai critique sur cette voix et sur sa mise en scène . Note : c’est la marâtre de Blanche Neige qui pose la question à son miroir magique : « … dis-moi : qui est la plus belle ? »

La Beauté a un statut ambivalent dans l’héritage de Roy Hart (décédé en 1975, il faut le rappeler). Lire la suite

Publicités

Nekyia, on the road to Preston.

Footnotes and links will be added soon
Traduction Française
Traducción al Español

This article shares a series of reflections on my stand and outlook today in relationship to performance and theatre. It is offered as preparatory notes, to Amy Rome, professor at University of Central Lancashire (UCLan) and organizer of the coming Symposium titled Transdisciplinary Explorations into Performativity, as well as to Jane Turner, Principal Lecturer of Contemporary Arts at Manchester Metropolitan University, and guest lecturer at the Symposium. The Symposium follows my being awarded an Honorary Fellowship by the University of Central Lancashire.

UCLan SYMPOSIUM
July 17 to 20, 2018
The Media Factory
University of Central Lancashire. Preston UK
PRESENTATION & REGISTRATION
Pantheatre’s Myth and Theatre Festival
June 19 to July 1st, 2018
Roy Hart Centre, Southern France
PRESENTATION & REGISTRATION

Lire la suite

Festival: « Money is Soul »?

Traduction française bientôt

This article addresses the finances of the Myth and Theatre. The theme for 2018 is Nekyia, the descent to the pagan hell, the kingdom of the dead, whose lord is Hades, known to the Romans by his other Greek name: Πλούτων, Pluto, which makes him a millionaire. Πλούτων, Plouton, means wealth. Let us keep that as our underworldly backdrop.
Lire la suite

Nekyia Festival 2018

   pdf:     FRANÇAIS     ITALIANO      ESPAÑOL

Editorial

Editorial for the 2018  Myth and Theatre Festival
Since 1987  25th EDITION - SEE PRINCIPLES & THEMES

From June 19 to July 1st, 2018
at Malerargues, Roy Hart Centre, Southern France
Classes - Laboratories - Performances - Lectures
INFORMATION REGISTRATION

Nekyia is the Greek word for descent, and specifically for the descent into hell, into the pagan hell, the Kingdom of Hades, the abode of the dead. James Hillman, in The Dream and the Underworld, says the Nekyia takes place along a two-way road whose traffic is all the more intense since, according to him, dreams are assembled in hell and take the same royal road as the dead do. Each dream brings together a cast of ghosts, ancestral ones or ghostly replicas of the living, often of the dreamer himself. Permission is granted them to visit us, the so-called living, usually at night, when the gates of hell open. Lire la suite

Le Grimoire de Hamlet

Hamlet’s Grimoire  (Book of Magic Spells)
English translation in the making

A l’occasion de Hamlet Unlimited, de Yves-Noël Genod,
créé le 13 mars 2018 au Théâtre de Vanves
dans le cadre du Festival Artdanthé.
Article incluant des rèflexions sur le Hamlet de
Romeo Castellucci, et Hamlet House, de Sean Lewis
Article publié aussi sur le site Ars Magica - Magie et Sciences Humaines
« On apprend ainsi que grammaire, glamour, grimoire
 et graffiti sont des greffons de greffe. » Source

Hamlet. Nous sommes dans les brumes hivernales de la côte danoise : la Mer du Nord par une nuit de froid glacial, avec, dans l’air, des rumeurs d’un possible débarquement ennemi, venu de Norvège. Il doit être entre trois et quatre heures du matin, et il est normal que les vigies s’assoupissent sur les redoutes du château fort. J’ai noté que mon voisin succombait. Moi aussi. On était trop bien assis dans la nuit de ce grand hangar noir, plutôt délabré, et très faiblement éclairé : juste une rangée de néons glauques, un minimum sécuritaire. Une dizaine de tables de type gymnase ou de réfectoire d’école, blanches et moches pour tout décor. Et l’inévitable machine à fumée, discrète et ici, juste. Puis des fantômes commencent à apparaître, et notamment le fantôme du père de Hamlet. Il déambule, paumé, sans rien dire. Aucun effet dramatique pour ce grand, énorme drame baroque de Shakespeare[1]. Lire la suite

Pour une Mémoire Docte de Roy Hart

"Towards a Docta Memoria of Roy Hart"
See English translation

Docta Memoria

Il n’y pas de doctorat écrit sur Roy Hart. C’est une lacune qui contient ou qui a pris des allures d’aporie, peut-être même une forme de tabou traumatique suite à son décès violent dans un accident de voiture avec ses deux compagnes intimes. A plusieurs reprises j’ai encouragé des étudiants à confronter une telle tâche, qui selon moi est d’autant plus intéressante qu’il y a cette résistance voire ce non-dit inhérent. J’ai fait des suggestions de différentes approches à des personnes susceptibles d’entamer une réflexion culturelle en profondeur; j’ai même été prêt à donner un coup de main. Il est vrai aussi que le temps passe et que les références universitaires et culturelles appartiennent à une autre époque, notamment à 1968 et aux années 1970. Mais d’un autre côté la distance et la mise à distance peut être favorable à une telle refléxion.

Je me réfère ici spécifiquement à la personne de Roy Hart (1926 – 1975) et à ses idées.

Lire la suite

GOUROU, QUEER & DERRIDA

Voir aussi la note dans mon nouveau MINI-BLOG au sujet de la tribune de Paul B. Preciado dans le journal Libération du 15/02/2018 , intitulée Lettre d’un homme trans à l’ancien régime sexuel.

Des images seront ajoutées bientôt.
English translation in the making…

Cet article fait suite à celui intitulé Kaya, Karma, Khoros, Krishna dédié à Kaya Anderson publié en anglais [1]. J’y parlais de ma propre résistance, étudiant de Beaux-Arts à la fin des années 1960 à Londres, envers tout ce qui était indien. Après avoir lu l’article où je décris la qualité « gourou » de Kaya, elle m’a très cordialement posé une question point blank (à brûle-pourpoint) : est-ce que je me considère aussi comme un gourou, ou un enseignant de type gourou. C’est direct, pertinent et un juste retour des choses, vu que, encore aujourd’hui en Occident, ce n’est pas nécessairement un compliment. Mstislav Rostropovitch, lorsqu’on l’adoubait du titre de « maître », répondait très vite : « centimètre ». Lors de la conversation avec Kaya deux autres questions ont surgi sur le thème de l’enseignement ; d’abord celle de l’inclusion des rêves et d’éventuels retours interprétatifs dans l’enseignement vocal/théâtral. Ensuite et par corollaire : pourquoi je ne donne pas de « leçons de chant » [2] en individuel, dans un rapport de un à un ? Dessous, des réponses.  Lire la suite

Cœur Sauvage / Voix Sauvage

See English original
Traduit de l’anglais
remerciements à Véronique Taconet et Pierre Jeammes.

Réflexions critiques à propos d’une performance de Waltrud Höfinger,
intitulée: Not a Song (Non pas une Chanson) –
une performance personnelle, poétique et musicale sur la voix,
présentée à Malérargues, Centre Roy Hart, en août 2017.

Le titre de cet article est inspiré d’un livre de l’écrivain brésilienne Clarice Lispector, intitulé Near to the Wild Heart (1943), Près du Cœur Sauvage. Linda Wise, compagne, metteur en scène, actrice et professeur, l’étudie pour un projet de spectacle. Elle l’a décrit comme «le livre le plus sauvagement introverti qu’elle ait jamais rencontré».

Nota : le mot « sauvage » en français peut se traduire en anglais par deux mots : savage qui est trop « sauvage » justement, voire cruel, brutal, sans-manières, et par wild (le mot dans l’original anglais), qui est moins agressif et se réfère à un état de nature sauvage, non civilisée, non domestiquée – libre, en ce sens.

Lire la suite

Professeurs, Tricheurs, Gourous, Mentors

See English original
Des commentaires sur l'article seront traduits et présentés
 en français. Ils sont lisibles dans la version anglaise.

Figure connue comme le Sorcier de Trois-Trères.

Note de traduction. Le titre de cet article part sur un jeu de mots anglais, mordant, voire risqué: l’inversion teacher / cheater. Cheater, c’est tricheur (fraudeur, trompeur, escroc…) En français l’on pourrait jouer sur mentor/menteur, mais cela n’a pas l’étincelle du tricheur/trickster (qui invoque Hermès l’Arnaqueur Divin). Plus complexe et scandaleux – et très au goût du jour – est le duo chaman/charlatan. Lors d’un vif échange avec Charles Boer, l’un de mes professeurs de mythologie, il m’a écrit : « Shaman you ! » (Shame on you, honte à toi!) Il refusait le titre de Sorcier (ou de Chaman) à la fameuse figure de la Grotte de Trois-Frères. C’était le temps de la lutte militante du théâtre contre le chamanisme. On n’en est plus là – et ce que représente (performe) le chamanisme me semble fondamental, et surtout depuis les livres de Peter Kingsley.
Remerciements à Véronique Taconet et Pierre Jeammes pour avoir affiné cette traduction.

5 sections

1 – PROJETS / STRUCTURES & DIPLOMES
2 – DIRECTEURS ET DIRECTIVES
3 – MENTOR
4 – ART & THÉRAPIE
5 – POURQUOI ROY HART?
6 – CONSULTATIONS CASUISTIQUES

Lire la suite

Hammond & Soul (Français)

English version (full article)

L’Orgue Hammond [1] est le titre d’un concert programmé le 26 juillet 2017 à Lasalle, le village voisin du Château de Malérargues, dans le Gard. Le concert est organisé par l’Eglise Protestante Unie du Val de Salindrenque. Nous sommes en pays protestant, camisard même. Il doit y avoir à Lasalle au moins dix temples protestants, de confessions différentes, alignés le long d’une rue unique, longue de deux kilomètres. Le sous-titre du concert dit: Des psaumes au Negro-spiritual et au Gospel du XXe siècle avec l’orgue Hammond et l’organiste JP Delrieu. 1517 – 2017 : 500 ANS d’influences dans l’évolution de la musique dans le monde[2]. INFORMATION.

James Hillman m’a dit une fois: « Il est important d’être protestant une fois par semaine ». Il était juif, et j’étais (je suis ?) catholique – je parle ici culture et non croyance. S’il y a un titre que James Hillman aurait absolument mérité, surtout à notre époque, c’est celui d’être The King of Soul (Le Roi de la Soul, âme/anima – oui, là-haut ou là-bas, avec Salomon Burke et son orgue Hammond.) En fait, dans un éditorial des années 1980, dans la revue qui lui appartenait, Spring – A Journal of Archetype and Culture, le rédacteur en chef d’alors, Charles Boer avec son im-pertinence habituelle, écrivait que James Hillman devrait avoir les droits d’auteur sur le mot soul ! Il s’adressait, bien sûr, aux cercles intellectuels et psychothérapeutiques blancs aux Etats-Unis, car, le mot SOUL dominait alors la culture populaire noire américaine, et mondiale. Ce sont les Afro-Américains qui ont ressuscité le mot SOUL, provoquant la révolution que nous connaissons tous, dans la musique, dans le chant – et dans la théologie musicale: en anglais il n’y a guère qu’une lettre qui sépare pécher de chanter (singing / sinning)! La soul, l’âme, était noire. À la même époque et dans un contexte complètement différent, Roy Hart citait le poète romantique du 19ème siècle américain, Henry Longfellow: «La voix est le muscle de l’âme».

A présent regardons de plus près les synchronismes historiques qui relient ces réflexions culturelles. (Traduction française en cours. Article complet en anglais.)

[1] L’orgue Hammond est un petit orgue électromécanique créé en 1935 aux USA, originalement conçu surtout pour les églises qui ne pouvaient pas se payer un orgue à tuyaux. Il fut adopté par les musiciens de jazz et devint le son rock et soul par excellence. A présent la marque appartient au japonais Zusuki, avec de nombreux clones numériques.

[2] Les 500 ans sont ceux depuis la publication en 1517 par Martin Luther de ses 95 thèses contre Rome qui déclenchèrent la Réforme Protestante.

Le Tweet de Jodorowsky

La philosophie de Roy Hart

J’ai choisi une très forte polémique autour d’Alejandro Jodorowsky pour éclairer ma position aujourd’hui sur la philosophie de Roy Hart dans le contexte des formulations du nouveau site du Centre Roy Hart [1]. Alejandro Jodorowsky est un artiste, devin et commentateur culturel chilien, connu en France et dans le monde entier pour ses films devenus culte; connu aussi pour ses lectures généreuses et acérées du Tarot, dans un café parisien – et, à présent, pour ses tweets, surtout en Espagne où il a, ou avait, un programme à la télévision qui mélangeait allégrement les entretiens people et culturels avec le Tarot. Le tout dans une atmosphère très affable, plutôt Madame Soleil, avec une belle ironie enjouée, mais toujours direct, courtois et sans langue de bois [2].

Plutôt que de remplir le formulaire j’ai donc choisi une réponse de fond. Ni le format, ni l’esprit des questions ne correspondaient à ma position à Malérargues, ni à comment je vois l’héritage de Roy Hart, ni non plus à une présentation du Festival Mythe et Théâtre [3] qui n’est ni un stage ni un festival au sens conventionnel, mais plutôt d’une grande rencontre entre pensée (surtout mythologique) et pratique théâtrale [4].

Une autre question concernait ce que signifie le lieu, Malérargues. J’en parlerai un jour. Pour mes réponses originales, voir le FORMULAIRE.  J’ai entretemps remplacé Le Tweet de Jodorowsky par une deuxième définition : La Voix d’un Voyant. [5].

tweetLe 25 juillet 2016, il poste un tweet qui est critiqué férocement dans le journal espagnol El Pais [6].

Je présente ci-dessous l’échange de tweets, des extraits de l’article dans El Pais, et mon commentaire. Ils firent l’objet d’un séminaire sur La Psychosomatique durant l’été 2016, avec Kaya Anderson et Linda Wise – voir diaporama. Le présent article est aussi, bien évidement, lié au thème du prochain festival : Tirésias – Voix Mantique, Devin Aveugle, Transsexuel. Voir note #2.

LE TWEET: « Jeune fille, j’ai été abusée sexuellement. A présent, malgré l’amour que j’éprouve pour lui, j’ai du mal à désirer mon partenaire. »

LA REPONSE d’Alejandro Jodorowsky: « Déguise-le comme l’homme qui t’a abusée, il/cela t’excitera. »

LA CRITIQUE de Beatriz de Vera dans El Pais – 26 JUL 2016:

Psicoanálisis, la teoría detrás de los disparates de Jodorowsky

« La Psychanalyse, la théorie derrière les absurdités de Jodorowsky. Après la polémique créée par l’écrivain sur Twitter, nous analysons la validité scientifique de l’un des piliers de la Psichomagie. »

Article complet en espagnol.

Extraits : « Aucun utilisateur de Twitter, ou personne reliée aux médias, n’a pu rater l‘incendie criminel sur les réseaux sociaux causé par un message de l‘écrivain, réalisateur et thérapeute psychomagique Alejandro Jodorowsky, dans lequel il dévaluait et même banalisait les abus sexuels sur mineurs. Le tweet en question faisait référence à la consultation d’une patiente: « Jeune fille, j’ai été abusée sexuellement. A présent, malgré l’amour que j’éprouve pour lui, j’ai du mal à désirer mon partenaire. » Le chilien recommande: « Déguise-le comme l’homme qui t’a abusée, il/cela t’excitera. » Et il explique sa position par un autre message qui s’est avéré être encore plus tordu et controversé: « Un abus sexuel peut être féroce ou peut être séduisant si c’est un inceste. L’abus incestueux peut ne pas être violent et réveiller un Oedipe .

Ces barbaridades (inepties barbares) sont le résultat d’une discipline psychologique, une pseudo thérapie créée par un artiste et appelée Psychomagie. Et si le nom n’est pas preuve suffisamment éloquente, cette discipline se dit enracinée dans le chamanisme, le tarot, la psychanalyse et l’effet du théâtre. Le journaliste et membre du Cercle Sceptique MJ Schwarz, a averti pendant des années sur la folie des théories de Jodorowsky, qui se considère comme l’«élu» de la Psychomagie. Le Mouvement Panique qu’il a fondé conjointement avec le dramaturge Fernando Arrabal et qui basait son symbolisme sur la psychanalyse, est une démarche qui peut se justifier pour un artiste qui cherche à trouver des symboles pour déclencher certaines émotions, mais lorsqu’il est vendu pour «guérir» des personnes atteintes de graves troubles émotionnels, des problèmes ou situations psychiatriques, c’est d’une irresponsabilité suprême. »

MON COMMENTAIRE : « La réponse de Jodorowsky est, à mon avis, adroite et « performative » à au moins trois niveaux: affective, effective et fictive. Elle manifeste une grande sagacité psychologique, adulte, en base à un «contrat moral» direct et, pour sûr, ici, condensé. Bravo à la dame pour avoir osé sa question ainsi. Jodorowsky donne une leçon d’enseignement psychosomatique, de type psychodrame, et conforme par ailleurs aux traditions des consultations oraculaires, comme Delphes (tout aussi brèves), et aussi le Tarot… La réponse que l’on obtient dépend en très grande partie de la question posée. Artistiquement, Jodorowsky est en ligne avec tout un pan de la dramaturgie contemporaine, à vrai dire « classique » depuis la deuxième guerre mondiale : le théâtre panique, le théâtre de l’absurde, le théâtre existentiel, etc. Et, depuis, avec la descendance d’un auteur comme Harold Pinter (prix Nobel) : des auteurs-dramaturges pour qui il s’agissait d’articuler les fantasmes érotiques sous-jacents qui meuvent (et émeuvent) individus et sociétés. J’ai trouvé choquant, et borné, le statut donné par la critique d’El Pais à l’imagination, à l’art et au théâtre en particulier. Ma réaction ne cherche pas à dévaluer le recours à la médecine ou à la pharmaco-psychiatrie, mais à souligner l’importance de Psyché dans la conscience, même scientifique, contemporaine.

Jodorowsky n’est pas loin du tout de la façon dont j’ai vu Roy Hart agir et enseigner – et c’était l’aspect de son enseignement qui m’a le plus marqué: sa capacité extraordinaire d’adaptation psychologique au cas par cas pour donner des réponses affectives et effectives. Il faisait cela principalement par l’interprétation de rêves dans un contexte groupal. (Je me dois d’ajouter ici, aujourd’hui: « La voix est toujours une voix de rêve »[6], car la philosophie de la voix, comme la pensée psychosomatique, comme la phoniatrie, a beaucoup évolué depuis 1975, date du décès de Roy Hart.) Lors des réunions de groupe, Roy Hart pouvait être intensément patient (des heures et des heures à « pêcher dans l’inconscient »), et d’autres fois il pouvait être radicalement incisif, bref et férocement antinomique (briser les normes).

Les accusations virulentes contre Jodorowsky, et contre Freud et la psychanalyse, comme étant « non scientifiques », devraient être dépassées – et le sont en fait par les penseurs qui aujourd’hui – même les technico-scientifiques – relativisent l’épistémologie de la pensée scientifique. La hargne contre Freud semble continuer cependant, certainement chez cette critique d’El Pais ; j’y entends en fait une censure morale et non une attitude scientifique, car je ne vois pas ce qu’il y a de choquant dans ce que dit Jodorowsky sur l’inceste.

Il se trouve que je suis ami proche de Sonu Shamdasani, peut-être le plus renommé des historiens de la psychologie aujourd’hui: il fut directeur des archives de la Maison Freud à Londres, et ensuite chargé des archives de C.G. Jung – dont il édita Le Livre Rouge. Au sujet de C.G. Jung, lorsque j’ai demandé au cercle de penseurs amis du Festival Mythe et Théâtre: « Pourquoi Jung est-il si présent dans nos références ? », ils ont dans l’ensemble répondu : « Parce qu’il ne ferme pas les frontières de l’imagination. » Là il y avait une possible critique implicite de Freud – du Freud qui se voulait scientifique, tout comme Jung d’ailleurs : à l’époque ils se devaient de l’être. Pour quelqu’un comme James Hillman, une génération plus tard, ce n’était plus un problème et sa séparation avec l’Institut Jung de Zurich s’est faite en grande partie à cause du virage excessivement clinique que prenaient l’institut et ses diplômes. D’ailleurs tous trois, Hillman, Freud et Jung, dans cet ordre à mon avis, étaient de grands écrivains.

Il y a quelques années Sonu Shamdasani a aussi rejoint la cabale scientifique contre Freud : il fut co-auteur avec Mikkel Borch-Jacobsen de Le Dossier Freud.[7] J’ai écrit que c’était  « … un livre terrible contre Sigmund Freud où ils critiquent sans pitié ses méthodes scientifiques. Ils y parlent de « folie à deux » : comment Freud « plante » ses idées chez le patient pour découvrir ensuite la preuve scientifique de ses hypothèses. En lisant leur démontage féroce des fameux cas cliniques de Freud je me disais: « mais c’est exactement notre procédé de création artistique ! » – un jeu d’influences, de suggestions, d’appropriations, de transferts – mais avec suffisamment de détachement « contractuel » et d’humour complice pour que chacun puisse tenir son rôle dans l’élaboration du résultat final. »[8]

Aujourd’hui, j’en suis venu à jouer (performer), diriger, enseigner (et peindre et écrire et penser) selon ce type de vision, faisant confiance à ma propre perception psychologique, à ma façon de passer à l’acte, et de donner voix aux scénarios de contretransfert (ou de folie à deux), tout en évaluant et en analysant le plus lucidement possible le contenu et l’engagement du «contrat moral»: quelle est en fait la requête qui m’est faite, aussi oblique ou même inconsciente soit-elle ? Je n’hésite pas à recommander le recours à la médecine, par exemple pour des troubles vocaux, vu la teneure du travail vocal – ou à la psychothérapie[9]. En fait l’« éducation » psychanalytique – à priori dans toutes les écoles – me semble donner un fond d’expérience et de réflexion parfois essentiel à la création artistique – comme par ailleurs l’« éducation » culturelle et académique : les idées et les livres. Je suis très prudent avec la frontière entre art et science, surtout la frontière pharmaco-médicale, et souvent à cause des excès héroïques et alternatifs des années 1960/70. Mais ce n’est pas une raison pour fermer les frontières.

Trois phrases pour finir :

Je soutiens que la psychosomatique est aussi le substrat du métier de créateur-performeur.

« Ce ne sont pas tant les personnes qui ont besoin de thérapie, mais les idées », de James Hillman, qui voyait là le rôle principal des artistes.

M. G. Le Clézio : « Un jour on saura peut-être qu’il n’y avait pas d’art mais seulement de la médecine»[10].

————————————————————-

[1] Voir site web du Centre Roy Hart.

[2] Je recommande vivement l’entretien avec Paul B. Preciado sur  DAILYMOTION

[3] Le Festival Mythe et Théâtre aura lieu du 18 juin au 2 juillet 2017, comme tous les ans, à Malérargues, Centre Roy Hart, dans le Midi de la France. Voir FESTIVAL. Son thème : Tirésias : Voix Mantique / Voyant Aveugle / Transsexuel. Voir EDITORIAL  sur ce blog.

[4] La philosophie de Roy Hart tout comme son travail vocal y ont une place importante, ainsi que la mise à jour de sa pensée, de sa pratique, et de son contexte historique (les années 1960/70).

[5] Si j’ai connu quelqu’un qui pouvait être un provocateur public, c’était bien Roy Hart – au point que certains de ses proches on parlé d’auto-sabotage de ses entreprises théâtrales. Pour lui, sans aucun doute, cela faisait partie de l’intégrité militante de sa voix. Un exemple : lors des entretiens publiés dans la revue Primer Acto (Madrid, fin des années 1960 – bientôt traduits), le ton de ses interlocuteurs est souvent très méfiant, car, comme avec Alejandro Jodorowsky: Roy Hart savait aussi séduire et, comme le remarque l’un d’entre eux, être « sibyllin ».

[6] Tirée d’une citation de Mladen Dolar dans, Une Voix et Rien d’Autre, Broché – 2012, Christine Vivier (Traduction).

[7] Voir Folie à plusieurs Jung et Freud. Procédures artistiques, biographies et folies à plusieurs, sur le blog « technique » de Panthéâtre.

[8] Voir les notes de mise en scène du spectacle Une Etrange Demoiselle, de Maryline Guiton. Et le Festival Folies à Deux, Paris 2012.

[9] Voir les quatre articles consacrés à Rafael Lopez-Pedraza, psychothérapeute, sur ce blog.

[10] J. M. G. Le Clézio in, Haï, Skira-Flammarion, 1971.

Festival 2017 : Tirésias

  GO TO PDF ENGLISH VERSION 

Voix Oraculaire – Voyant Aveugle – Transsexuel

Editorial / Enrique Pardo

rub-mt17-tiepolo-200blog-frTirésias est un étrange et inquiétant personnage : peut-être le plus grand devin de l’Antiquité, craint pour ses révélations et ressenti comme de mauvais augure : porte-malheur, trouble-fête, rabat-joie, pestiféré à sa façon. Mais il faut bien se rendre à l’évidence : il s’agit d’une figure de vérité, et la méfiance qu’il suscite a pour origine une peur panique devant la clairvoyance de son regard aveugle[1]. Qui plus est, dans les tréfonds de nos mémoires intuitives, nous savons que sa voyance est quelque part liée à ses métamorphoses chamaniques[2] – transsexuelles. Lire la suite

Des voix qui en savent plus

Background Vocalists
Les Choristes
dans un Théâtre Chorégraphique

English translation: Voices that know better
Español – pronto: Voces que saben mas

Lors du projet 2017 Pantheatre Chile à Santiago, nous avons visionné le film 20 feet from stardom, de Morgan Neville, Oscar et Grammy du meilleur long documentaire 2014[1]. Un film très hollywoodien, « un poème dédié aux choristes pop et soul… celles qui chantaient à l’arrière de la scène, à vingt pas derrière les stars. Springsteen, Sting, Stevie Wonder, Mick Jagger… » Dans ce film tous les quatre ont un certain âge, et je dois dire qu’ils parlent en grands seigneurs. D’autres figures le sont beaucoup moins, ou carrément crapuleuses.

20 feet from stardom

Lisa Fischer – la « protagoniste » du film.
Chanteuse back-up extraordinaire.

J’ai proposé de voir ce film en prélude au stage annuel professionnel à Paris – Performance Vocale et Musique, et comme une entrée en matière pour réfléchir sur la voix des choristes, les background vocalists, aussi appelés back-up singers : les vocalistes d’arrière-plan, d’arrière-fond. Regarder le film du point de vue d’un théâtre chorégraphique  et écouter les voix avec des oreilles… métaphysiques, ou, comme le proposerait Steven Connor : comme un phénomène culturel de ventriloquisme, comme un surgissement sibyllin[2]. D’où viennent les voix qui émergent des choristes? Qui sont-elles? Quelle est leur place? A qui appartiennent-elles ? Que disent-elles ? Lire la suite

N’importe quoi !

Pour le meilleur et pour le pire.

DSF1Ci-dessous, deux articles écrits il y a quelques mois sous l’intitulé N’importe Quoi ! – et que je poste seulement maintenant, après avoir vu le nouveau spectacle de François Chaignaud et Cecilia Bengolea : DFS. Lorsque les lumières de la salle ont commencé à s’éteindre, j’ai murmuré à mon

DSF. Photo F Chignaud

DSF. Photo F Chignaud

voisin, l’acteur argentin Pablo Delgado : « ¡Ahora nos vamos a divertir! » (Maintenant on va bien s’amuser !) En fait, se divertir: dans divertir il y a déviation, détournement. Après une minute, comme prévu, j’ai commencé à rigoler ; les danseurs se mettaient à peine en place dans le noir. Mon autre voisine, Linda Wise, se tourne vers moi : « Tu commences vite ! » Oui. C’est rare que des spectacles me rafraichissent autant que les leurs! Dans DFS, ils le font avec une finesse délicieuse : de la danse flirt, parfois flirt-battle, exquise, comique, une sorte de naïf street-wise. (Difficile à traduire : à la mode, mais costaud et provocant, urbain – « idéologie de la rue ».) Cette fois c’était la rue jamaïquaine – mais avec des polyphonies a capella médiévales![1]

mimosa4Leur spectacle précédent, dont je parle à continuation, (M)IMOSA (un quatuor en fait), était, lui, beaucoup plus « hard » : du n’importe quoi adulte, voire SM. Dans DSF il y a un côté enfantin, même petit-rats d’opéra (hip hop en pointes !) L’innocence, voire le kitsch, n’entame en rien, au contraire, l’acuité et la lucidité des propos de François Chaignaud et Cecilia Bengolea, eux-mêmes sur scène et assez virtuoses, un peu grand frère et grande sœur, et même par moments papa et maman ! Ce qui me faisait rigoler vient aussi et incontestablement de la façon dont ils ont tout simplement contourné le désert dans lequel la danse contemporaine s’était enlisée: un rigorisme conceptuel et janséniste refusant toute sensualité, tout plaisir. Rien que de l’ironie acerbe. A terme c’est mauvais pour la santé. Lire la suite

Catastrophe Miraculeuse

Strophe, Antistrophe, Catastrophe

LACURA,  Bibiana Monje, Madrid, 02/11/2016
Traduction française. Original en anglais (première partie), en espagnol (deuxième parite) – en cours de traduction au français.

PDF   Español   |    English

Dans la tragcarte-lacuraédie grecque antique, le chœur chantait d’abord une strophe, habituellement une conjecture optimiste qui était ensuite inversée – littéralement: «re-tournée» – dans une clé mélancolique et souvent déprimée: l’antistrophe. La conclusion venait enfin avec l’épode: une résolution philosophique. Mais, inhérente à l’épode, à la tragédie même, il y a une autre réalité, une autre fin: la catastrophe – le désastre, un tournant fatal (mortel), la chute, «le renversement de ce qui est attendu».

Dans la théorie des catastrophes proposée par René Thom, j’ai une hypothèse favorite: le fait putatif que si l’eau est chauffée dans un vase parfait, elle ne bouillera pas. Sa température va continuer à monter au-delà de 100 degrés Celsius. La première bulle de vapeur n’apparaîtra tout simplement pas. Pour que la mutation catastrophique de l’eau en vapeur se produise, il doit y avoir une imperfection dans le récipient. C’est là que la première bulle va apparaître et déclencher la catastrophe: l’eau va se métamorphoser en un nouvel état: vapeur. Un nouveau paradigme se met en place.

Une catastrophe eut lieu au Teatro Luchana de Madrid, le 2 novembre 2016, pour la création de LACURA, de Bibiana Monge – à laquelle j’ai contribué en tant que directeur, ou plutôt codirecteur, puisque Bibiana avait conçu et écrit la pièce, et l’a produite avec des collaborateurs multimédia et éclairagistes. Elle a fait appel à moi pour la mettre en scène, littéralement, lorsqu’elle se sentait prête, elle m’a demandé de l’aider à monter sur scène – ceci, avant que les effets multimédias n’aient été mis en place. C’est ce que nous avons fait en six jours d’excellente folie à deux, affinant les états d’âme et les timings, les styles de jeu et les adresses au public. Quelques mois plus tard j’ai pris l’avion pour aller voir la première à Madrid. Lire la suite

Mario Delgado Vasquez

Mario DelgadoFondateur et directeur du groupe Cuatrotablas, Pérou.

Versión pdf en español
English translation (soon)

La triste nouvelle arrive le jour même où j’allais reprendre les publications sur ce blog : le décès de Mario Delgado Vasquez. Ce sera donc, en fait, un portique d’adieu pour commencer, fleuri et mélancolique, pour ce magnifique personnage, homme de théâtre, compagnon de route à la fois intime et fantôme (géographiquement lointain : cinq ou six rencontres seulement en quarante ans !) à qui je rends hommage dans l’esprit savoureux (sabroso) et passionné qui était le sien : Lire la suite

Voix / Emotions – Une inversion (en)chantée

figaroSérie Algorithmes et Chamanisme

Philosophie de la voix de Roy Hart
Comment la voix façonne nos émotions
Le Figaro du 21/01/2016.

Au hasard du RER, en route pour CDG2, un businessman abandonne son Figaro en descendant à CDG1. Je le prends pour le feuilleter dans l’avion, et je tombe sur l’article directement responsable pour le titre de cette série Algorithmes et Chamanisme : « Comment la voix façonne nos émotions – Des chercheurs ont réussi à modifier les sentiments ressentis par des volontaires en modifiant les intonations de leurs paroles. »[1] Le commentaire de l’image sur le site du Figaro (ci-contre) dit : « C’est la preuve que l’être humain écoute le son de sa voix pour savoir comment il se sent et que, parfois, il lui fait trop confiance – analyse Jean-Julien Aucouturier, auteur principal de l’étude. »

A beaucoup d’égards, c’est l’inversion parfaite pour mes propos sur la philosophie de la voix de Roy Hart. Lire la suite

Algorithmes & Chamanisme

small-algos&cham

Nous savons tous – c’est à la une en ce moment – que Google est devenu numéro un mondial grâce à un mélange de puissance computationnelle et d’ingéniosité algorithmique – et, bien sûr, de dirigeants sagaces. Je me faisais l’idée que l’étymologie d’algorithme, et donc de son génie tutélaire, nous venait – mythologie oblige – de Rhéa, déesse du rythme et épouse de Kronos – dieu du temps, rien de moins[1]! Algorithme nous vient en fait du nom d’un grand mathématicien persan, Al Khwarizmi (vers l’an 820)[2]. Rizmi et rythme : belle coïncidence cependant, qui, de fil en aiguille (ou en sautant du coq à l’âne) nous mène vers le deuxième terme de ma proposition : chamanisme.

Pour le séminaire et le laboratoire du 14 février voir ETUDES CULTURELLES

Lire la suite

Hillman Sibyllin / Castellucci Anima

Suite des réflexions pour le Séminaire du 10 janvier 2016 sur l’Orestie de Romeo Castellucci.  En réponse à une note d’Anna Griève.

Sirènes & Sibylles

Festival Mythe et Théâtre 2007

C’est le mot « sibyllin » qui suscite ces réflexions, et qui semble avoir une connotation négative en français: obscur, énigmatique, et souvent, qui essaie de séduire en faisant l’intéressant. Pour ma part j’éprouve une curiosité fascinée pour les Sibylles – et particulièrement pour la Sibylle de Cumes. Nous avons dédié un Festival aux Sirènes et Sibylles en 2007, dans la série Mythes de la Voix. Être sibyllin est donc un compliment ! J’en suis, et Romeo Castellucci aussi. Et James Hillman. La Sibylle de Cumes était d’ailleurs l’une des principales voix et porte-paroles de l’anima païenne. Bienvenue donc dans le cercle sibyllin : j’attends avec impatience votre exposé sur le lien entre l’esprit de la tragédie grecque et les Upanishads ! Mais d’abord retour à Romeo Castellucci :

Lire la suite

L’Orestie – Romeo Castellucci Critères Critiques et d’Inspiration.

small-orestieL’Orestie par Romeo Castellucci est la reprise de l’une de ses rares créations que je n’avais pas réussi à voir. Je suis donc non seulement très content d’avoir pu la voir, mais aussi époustouflé par le tour de force. Dans les années 1990 je travaillais à Milan où plusieurs comédiens m’en avaient parlé. J’ai le souvenir qu’ils l’avaient décrit comme un spectacle « attachant », ce qui m’avait laissé perplexe. A l’époque Romeo[1] avait de grosses difficultés avec les autorités culturelles italiennes qui voulaient lui couper les subventions. Les autorités ne lui pardonnaient pas ce qu’elles considéraient comme une œuvre à scandale. C’était d’ailleurs probablement déjà l’époque de Berlusconi (parlons scandales !)

[1] Je me rends compte que j’adresse l’artiste à trois niveaux: Romeo, Castellucci et Romeo Castellucci. Je dois avouer que cela fait partie intégrante de l’esprit de mes commentaires. Donc pardonnez-moi cette gaucherie, que j’assume.

Cet article sera la base d’un Séminaire d’Etudes Culturelles le dimanche 10 janvier prochain à 11h. INFORMATION.
Vous pouvez aussi télécharger une version PDF.

Lire la suite

Rafael Lopez-Pedraza 4 – Borderline Freaks

Festina sails

Festina Lente / Medici, Florence

Le regain d’intérêt pour Rafael Lopez-Pedraza (1920 – 2011), figure emblématique d’une psychothérapie « archétypale » – dite « post-junguienne » – est venu d’une rencontre récente, la première de ce genre pour moi, avec une psychiatre vénézuélienne qui avait été en analyse avec lui à Caracas. Je n’avais rencontré Rafael que dans des contextes de dialogues culturels, de laboratoires théâtraux ou d’amitié informelle.

Je suis retourné relire ses livres, dont : Hermès et ses Enfants. J’ai aussi découvert sur internet l’excellente entrevue avec Axel Capriles (2004). Document essentiel, car Rafael y clarifie certains événements et idées qui ont balisé sa carrière «archétypale» : des informations détaillées qui, pour ceux qui connaissent son travail et sa pensée, sont d’une grande valeur.

Lire la suite

Ödipus | Castellucci | Anima

Ödipus blog rubÖdipus der Tyrann,
by Romeo Castellucci

(Paris Autumn Festival, November 2015). Great piece – but then Romeo can do no wrong – for some of us! Nevertheless, what actually remains mostly in my emotional memory are the opening 20 minutes, which is Romeo Castellucci at his cinematic(?) best: images, music, emotional cadences and transitions in perfect scenographic flow. It is the preamble to the play, telling us without words of the desperate plight of Thebes, invaded by the plague: the dreadful, seemingly unjustified divine wrath that finally obliges the reasonable and politically-correct king (the Athenian meaning of tyrant), Oedipus, to acquiesce and call in (drag in) an unwilling, ill-reputed, transsexual blind seer, Tiresias, whose oracular visions tell him clearly that the foundations of Oedipus’ reasonableness are totally corrupt. Lire la suite

Rafael Lopez-Pedraza 3 : Hermès et le Picatrix

hermes_trismegisteLa psychologie archétypale a émergé, selon Rafael Lopez-Pedraza, lors de réunions à Zurich[1] à la fin des années 1960 pour des lectures du Picatrix.

Le Picatrix est ce qu’on appelle un grimoire, c’est à dire un livre d’instructions magiques, surtout pour la fabrication de talismans et d’amulettes, généralement en référence à l’astrologie. Il est apparu en Europe lors de la Renaissance italienne, en provenance des cultures arabes très sophistiquées du Haut Moyen Âge – cultures qui nous ont aussi transmis le Corpus Hermeticum (Cf. image – j’en parle plus bas). Le Picatrix est un livre dont l’esprit, et parfois la lettre, ont inspiré pratiquement toutes les traditions magiques syncrétistes du monde – par exemple : le vodou haïtien ou les rasta jamaïcains. Lire la suite

Rafael Lopez-Pedraza – 2 : Archétypes

L’émergence de la psychologie des archétypes

rub-RLP

1969, Londres : l’Institut Warburg / La Bibliothèque Welcome

Deux extraits commentés d’un excellent interview de Rafael Lopez-Pedraza par l’analyste vénézuélien Axel Capriles – publié en espagnol chez Editorial Fata Morgana (Méxique) – (mes traductions):

Extrait 1 : Warburg / Welcome

ACM: Comment ont émergé les études sur la psychologie des archétypes dans la psychologie jungienne?

RLP: En 1969, une grande lassitude se faisait sentir à l’Institut (C.G. Jung de Zurich), il y avait un grand malaise et de grandes lacunes. Cette année-là, Hillman et moi sommes allés à Londres et nous vivions près de l’Institut Warburg et de la Bibliothèque Welcome. Je lisais déjà, pendant ces années, les œuvres des savants et chercheurs de l’Institut Warburg. La Bibliothèque Welcome est une bibliothèque de l’histoire de la médecine. Elle a été fondée par le consortium pharmaceutique anglais Welcome. Des spécialistes de l’histoire de la médecine du monde entier y vont étudier. Nous y avons passé du temps à étudier et à parler avec les investigateurs. Nous ne savons pas comment toutes ces choses de l’Institut Warburg, de la Bibliothèque Welcome, ont commencé à entrer dans notre psyché. Lire la suite

Rafael Lopez-Pedraza – 1 : Polythéisme

Séminaire du dimanche 22 novembre 2015
Psychothérapie et enseignement Roy Hart.

La figure de Rafael Lopez-Pedraza.

rub-RLPNotes préalables.

Je me tourne d’abord vers Rafael Lopez-Pedraza, une figure capitale dans mon parcours, et qui se définissait comme psychothérapeute (avait-il des réserves à se décrire comme « analyste »?) – et que j’ai rencontré quelques années après la mort de Roy Hart, pendant ce que j’ai décrit comme « the “dark ages” of the Malérargues community»…[1] Ce fut en grande partie grâce à cette rencontre, puis à celle avec James Hillman, peu après, que j’ai commencé à définir l’horizon artistique et philosophique de Panthéâtre, dont ils ont écrit les deux livres fondateurs[2]. Lire la suite