LUCK LEXICON

Vers un  LEXICON  opératif et spéculatif

Et APERITIF pour le Festival Mythe et Théâtre  : 18 juin 2019.

ENGLISH : Towards an operative and speculative LEXICON (below)
ESPAÑOL : Hacia un LEXICON operativo y especulativo
(traducción muy pronto)

Voir aussi L'EDITORIAL et INFORMATION sur le FESTIVAL
(inscriptions ou participation partielle possibles)
Nous contacter texto +33 7 70 55 22 56 ou email
NOTES : MARAUDAGES et VADROUILLES

Les mots du lexique sont en rouge (ou bleu, si avec liens).

Proposition de construire un lexique autour de LUCK, un lexique à la fois opératif, qui accompagne le travail expérimental en laboratoire, et spéculatif, pour que les termes, leurs définitions et origines deviennent des catalyseurs créatifs. Un lexique, un glossaire, voire parfois un mode d’emploi ou même (peut-être surtout) un grimoire. Je compare d’ailleurs souvent les laboratoires (un terme qui nous vient de l’alchimie) à des séances de spiritisme : le théâtre comme travail de présence, oui, mais surtout de « présence d’esprits », au pluriel. Par ailleurs, une fausse étymologie est souvent bien plus créative qu’une ‘vraie’, qui peut boucher les horizons par manque d’ouverture d’esprit. Les étymologies douteuses font partie, d’ailleurs, des fonctionnements de LUCK, comme la découverte de la pénicilline par Alexandre Fleming en 1928 : un coup de LUCK bien suivi. Nous y reviendrons avec la notion de sérendipité mais surtout, à présent, de méchanceté : que préférez-vous, une mauvaise bonne fortune, ou une bonne mauvaise fortune ?

 

Je tiens donc à ce que ce lexique soit à la fois ample, inclusif et militant, comme le festival lui-même : le but est de réunir des esprits frères et sœurs (kindred spirits), cette fois autour du terme LUCK, qui, à ce stade et en pleine préparation du festival, me semble l’enjeu anthropologique le plus ample qui soit ! N’hésitez donc pas à commenter ou faire des propositions pour ce lexicon, dont voici les premières notes.

Lors de mes recherches sur LUCK, je croyais m’égarer car je ne pouvais pas m’empêcher de prendre des tangentes ; c’était compulsif et en un sens préoccupant, comme si je sautais déjà vers le thème de 2020. Des excursions qui semblaient totalement dévier de ma recherche, des chemins qui étaient en fait un fleuve bien réel mais à l’autre bout du monde. A chaque nouvelle excursion, et je pouvais en faire plusieurs par jour, je devais me rappeler à l’ordre pour ne pas décamper dans des détours qui me semblaient hors sujet, sans rapport avec LUCK, irresponsables même. C’était un peu comme les culs de sac et les non sequitur de Beckett dans En Attendant Godot. Cependant, lui, avait un personnage (roi/esclave) qui s’appelait Lucky qui, pour le coup, a fait couler des fleuves d’encre sur son rapport à LUCK… un cas à revisiter très sérieusement lors du festival. (Note : si quelqu’un cherche un texte de travail pour le festival, pourquoi pas le monologue de Lucky ? Good luck !)

Sepik

Je commence donc par le nom du fleuve à l’origine de mes digressions : il s’agit du fleuve Sepik, le plus long de l’Île de Papouasie Nouvelle Guinée et qui débouche sur la côte nord dans la Mer de Bismarck. Peut-être le coin le plus ‘reculé’ de notre cher monde si mal en point, pas loin du lieu où en 1961 disparut le jeune Michael Rockefeller, fils de Nelson Rockefeller, milliardaire et vice-président des États Unis à l’époque. On dit que des papous cannibales le tuèrent et le mangèrent. 1961 ! Je pourrais me porter avocat défenseur des Papous (pas du tout affamés, mais hautement rituels dans leur sens de justice – voir un article sur le cas), mais, pour l’instant, je me contente de signaler que la vallée du Sepik a produit (et produit encore, plutôt pour les touristes) les propositions artistiques, dites tribales ou primitives, ou ‘arts premiers’, que je considère parmi les plus fortes figurations ‘spiritistes’ qui soient. Pourquoi ? J’ai fini par trouver l’expression qui me convenait, en français : à cause de leur méchanceté. Je ne trouvais pas d’autre mot. Et de ce fait, voici le deuxième mot du lexique :

Méchanceté

Ce terme est déjà apparu plusieurs fois dans l’Editorial et dans des écrits préalables au Festival. Il m’est venu du Sepik, et des îles voisines : Nouvelle Irlande, Nouvelle Bretagne et plus loin. (D’une exposition récente, aussi, au Musée du Quai Branly : Océanie.) C’est avec la notion de méchanceté que mes détours ont soudain commencé à faire sens, car, à ma très, très grande surprise le mot méchant vient de mé-chéance : ‘mal tomber’: malchance ! Sans nécessairement impliquer de mauvaises intentions. La boucle était non seulement bouclée, et je me retrouvais de retour à LUCK, mais bouclée du côté d’une certaine BAD LUCK (méchéance / méchanceté) qui ouvre la part d’ombre inversée d’une LUCK qui autrement veut demeurer comme un mécanisme béat d’innocence heureuse (ou de pactes avec le diable). La méchanceté viendrait délurer, déniaiser les expectatives naïvement enchantées de LUCK. C’est cette vision ‘méchante’, cet insight (terme éminemment Hillmanien) que je nous invite à confronter, cultiver et travailler. D’ailleurs le qualificatif de ‘méchant’ a pris une tournure de compliment admiratif en français : on en viendrait à dire que nous avons affaire avec « une méchante LUCK ».

Cet éclairage du terme ‘méchant’ n’a pas d’équivalent direct, que je sache, en anglais. Mais il a une dérive similaire avec le mot naughty – qui, lui, vient de naught : nul, zéro, et dont les connotations d’espièglerie enfantine sont en fait une réduction socio-politique victorienne : puisque tu es nul, zéro, et que ton statut social ne vaut rien, c’est-à-dire : puisque tu es pauvre, tu es, a priori, un délinquant potentiel ! Nos confrères britanniques ont fait de même et à la même époque, avec le dieu Pan ; ils l’ont infantilisé en Peter Pan. (Nous parlerons de Pan aussi, de la panique et de la spontanéité par opposition à l’aléatoire.) L’italien a l’adjectif cattivo, plus agressif et mal intentionné, qui signifie ‘captif’ – captif du diable, bien sûr.

Sur tous ces points nous avons un sérieux travail à faire pour affiner les ‘méchantes’ implications de cette boucle inversée : GOOD BAD LUCK : comment la chercher, la trouver et, surtout, comment la ‘cultiver’. Plusieurs notes ici :

  1. André Breton était un connaisseur et un collectionneur averti du Sepik. Je continue à penser que le surréalisme a été le ferment artistique le plus créatif du vingtième siècle – notamment dans ses liaisons avec la psychologie. J’ai écrit un article à ce sujet, intitulé : Cubist – As in Cuba, (référence au vodou dans le cubisme – par opposition au formalisme des cubes.)
  2. À présent, une fausse antinomie, et dangereusement ‘méchante’, voire de mauvaise foi… (Il y aurait déjà tellement à dire sur les rapports entre la foi, bonne et mauvaise, et Luck! La très importante question du miracle !) Un ‘méchant’ serait un mé-chanteur, un praticien du ‘mal-chant’ – voire un maître-chanteur (qui extrait et extorque des vérités par chantage ou psychanalyse…) Je pense à la philosophie de la voix de Roy Hart, qui était très fort en ‘méchants’ jeux de mots et en ‘méchants’ insights ; je l’ai qualifié de « génie éthique », ici il serait un ‘méchant’ herméneute, pour qui la part d’ombre était la pierre angulaire de sa philosophie et de sa pratique du singing. J’y reviendrai car il y a des liens souterrains à visiter, dont ceux qui pointent vers le ‘chant’ du méchant couteau d’Apollon (effilé, coupant, froid et dangereux), et son rapport à la justice/justesse du « chanter juste ».
  3. Lors d’une présentation récente, entre amis, d’images du Sepik, était présente Zwaan de Vries (voir ma critique de son récent spectacle). Elle nous a raconté avec beaucoup d’émotion comment son père, hollandais, avait été parachuté, seul, en pleine jungle et pas loin du Sepik (colonie néerlandaise à l’époque), comme espion informateur sur l’envahisseur japonais. En fait sa mission était une forme d’ostracisme homicide pour avoir épousé une femme indonésienne, la mère de Zwaan. Il dut faire face aux Papous ‘réducteurs de têtes’. N’est-ce pas le cauchemar ultime des occidentaux ?
  4. Les américains appellent un psy, « shrink» : réducteur, rétrécisseur. La référence est clairement à head-shrinker, réducteur de tête – et, comme quand on dit en français, à « la grosse tête », celle d’un égo en inflation et donc en besoin de déflation, de réduction.

Avec LUCK, nous nous trouvons face à des douzaines d’affluents étymologiques, de vrais et de faux synonymes, d’associations et de variantes surprenantes dans les traductions, dont les trahisons (le fameux traduttore traditore italien). Luck est aussi une exceptionnel sac-à-dos-boîte-à-outils avec laquelle remonter la rivière Luck-Sepik, jusqu’aux esprits animistes (et cannibales) qui nous attendent. C’est quoi d’ailleurs ce ‘cannibalisme’ ?

Détours des Mondes

Notre lexique sera donc plein de détours et de détournements – d’évocations et d’équivocations. En voici une. Depuis mes années à l’École des Beaux Arts, à Londres, la vallée du Sepik me fascine. J’ai failli y aller lors d’un projet en Australie que Linda Wise devait diriger, avec une troupe de circaciens. Le plan était de louer un bateau-chapiteau pour une tournée en Mélanésie – toutes mes îles favorites ! J’ai proposé d’être leur cuistot. C’est tombé à l’eau, mais, peu après, nous nous sommes fait arnaquer à Paris par un soi-disant représentant du ministère de la culture et du tourisme des Îles Salomon (il n’y en a pas !). Une incroyable confabulation ; il disait vouloir m’inviter pour diriger un projet de promotion touristique des îles Salomon. Il a réussi à soutirer 500 francs (heureusement pas des euros) à Liza Mayer, malgré les grimaces que je lui faisais. Je n’avais pas avalé le hameçon même après trois heures de brainstorming détaillé et clairement originaire  – plus une bouteille de whisky qu’il a bu presque tout seul.

Ces détours par la Mélanésie viennent du fait que j’ai récemment rencontré la directrice de Détours des Mondes, une organisation qui est à la croisée des chemins de tout ce qui est art tribal à Paris et dans le monde, publications et images, dont notamment les catalogues des grandes ventes aux enchères. Quelles images ! Voir une annonce. C’est ce qui a déclenché mes excursions, sans que j’y voie de rapport de fond avec LUCK. J’ajouterai, par contre, que je trouve qu’il y a une grande richesse intellectuelle dans l’ethnologie contemporaine, surtout dans l’autocritique de ses propres a priori colonialistes, dont la belle teneure ‘méchante’ aurait beaucoup à nous apprendre. Je pense à quelqu’un en particulier qui a eu un fort impact sur mon approche de la métaphore d’objet, surtout dans son rapport au fétichisme  (un travail très important que j’ai appelé L’Académie de l’Ennui. Il s’agit de Jean Bazin (1941 – 2001), qui s’est trouvé avoir été un ami intime de Xavier Papaïs, et qui est souvent présent dans les écrits de la directrice de Détours des Mondes.

Synchronicité et Sérendipité

Dans le Programme Public du festival je présente deux notions que j’appelle les deux « nounous » (contemporaines) de la chance : la Synchronicité et la Sérendipité, deux figures qu’il n’est pas facile de réunir car elles se jalousent et cohabitent plutôt mal.

Je commence par Dame Synchronicité qui, je pense, n’apprécie pas d’être traitée sur ce ton ironique parce qu’elle est devenue – peut-être née – sérieuse, ou, en tout cas, avec des aspirations à un grand sérieux épistémologique, si ce n’est ontologique. Avec un penchant mystique même parfois. Elle a eu Carl Jung comme (grand)père, qui parlait d’elle en termes de « synchronicité acausale », et donc de coïncidence psychique sans facteur matériel causal, et qui a mis au point sa propre attitude envers la synchronicité surtout lors une longue correspondance, qui incluait des phases psychanalytiques, avec Wolfgang Pauli, prix Nobel de Physique en 1945 pour… – ((Interruption : un scarabée doré vient d’entrer dans ma bibliothèque pendant que j’écrivais ces lignes : j’ai pris mon iPhone pour me faire un selfie avec le scarabée accroché à ma chemise. Le soleil dans les yeux j’ai pris des photos à l’aveugle mais… sans inverser la prise de vue. Le scarabée est parti en vrombissant à travers la vallée – comme s’il fuyait l’occasion. Et je n’ai donc pas de photos. Il était doré comme je n’en ai jamais vu. Pourtant on en voit souvent à Malérargues, surtout des verts et des rouges métalliques, magnifiques.))

Vous voyez déjà les coïncidences : Jung, Pauli (Prix Nobel pour sa « définition du principe d’exclusion en mécanique quantique »). Mais avant de poursuivre mes spéculations, permettez-moi de jurer que ce scarabée est entré par la fenêtre de chez moi comme un petit bombardier et qu’il s’est ‘sonné’ trois fois contre la porte vitrée en voulant ressortir ; j’allais la lui ouvrir lorsque j’ai vu qu’il était doré – comme dans le fameux incident à Zurich, censé avoir donné ‘naissance’ à la notion de synchronicité, où un scarabée doré est entré dans le cabinet analytique de Jung. Je laisserai mes amis le plaisir d’interpréter ma propre « synchronicité » à Malérargues, mais voici comment je spécule sur l’incident de Zurich : Dame Synchronicité a un tel besoin de se prendre au sérieux, soit parce qu’elle est en manque d’affect et d’émotion, soit parce que le contexte où elle se trouve en est très chargé, et qu’elle déprécie et dénie le rôle de l’émotion pour passer directement (sublimer) à des explications quantico-scientifiques. Jung, il faut le dire, traite l’incident avec humour et ironie, très cool. Je dirais que c’est le contexte émotif (surtout érotique), ou de manque d’émotion qui constelle les synchronicités signifiantes, les coups de théâtre et les coups de foudre tranférentiels. Ceci est un point très important dans les laboratoires de théâtre chorégraphique, où l’un des principaux facteurs critiques est, certainement pour moi, la sophistication sentimentale et donc la sophistication des ‘synchronies’. Sur ce point j’oserais dire que la synchronicité ne fait pas du bon théâtre à cause de son penchant magique, prématurément sensationnel et trop ‘inconscient’ – pour utiliser un terme psychanalytique. Jung, comme les scientifiques et les linguistes de son époque, parlait de l’émotion comme « d’un abaissement du niveau mental ». Nous touchons là à des questions qui sont au cœur du laboratoire de théâtre chorégraphique.

A présent des notes sur des thèmes et des termes à développer.

Sophistication sentimentale, que je viens de mentionner. Travailler son rapport au Sophisme, aux sophistes (notamment Gorgias), à la Deuxième Sophistique et au Néoplatonisme ‘magique’, dont surtout Jamblique. Nous en parlerons lors des séminaires avec Nate Speare. Sur tous ce points je suis redevable à Xavier Papaïs.

Carl Jung et le scarabée d’or. J’ai qualifié son attitude de « cool », mais dans le meilleur des sens : ce n’est pas qu’il est ou n’est pas dupe, c’est que son attitude d’esprit reste ouverte. Il y a quelques années j’ai demandé à mes pairs pourquoi Jung était si présent dans nos discussions. La réponse, assez unanime, était « parce qu’il ne ferme pas les portes » (Ma fenêtre était ouverte ; la porte, fermée à cause des courants d’air…) Jung applique ce que j’appellerais, d’après Xavier Papaïs, un scepticisme positif : « pourquoi pas ? » (Au lieu de : « je n’y crois pas tant que ce n’est pas scientifiquement prouvé »). J’ai entendu Papaïs en parler surtout au sujet du philosophe David Hume, ainsi que de pragmatisme positif.

La synchronicité constelle autour d’elle tout un territoire de phénomènes dits parapsychologiques. Une somme a été publiée récemment, qui est aussi une mise à jour, intitulée, justement : Irreducible mind toward a psychology for the 21st century (Esalen Institute, 2014). Je me suis particulièrement intéressé (théâtre chorégraphique oblige) aux cas de syntonies / synchronies entre jumeaux. D’ailleurs, si j’appelle mon travail Théâtre Chorégraphique, c’est que, qui dit chorégraphie dit surtout synchronie – et, en ce qui me concerne, surtout : synchronie psychologique, voire sympathie, c’est à dire magie : il y a, par ailleurs, un besoin social, (tribal, pour sûr), de temps et de rituels de danse d’ensemble, qu’elle soit ludique, érotique, tragique, guerrière ou autre. Et cette synchronie (faire la même chose en même temps) est chargée de valeurs émotives – elle est anthropologiquement nécessaire, et humainement universelle (?) C’est le b-a-ba-base de mon travail, qui ensuite décolle vers toutes les exceptions (méchamment) possibles : « les règles sont faites pour confirmer les exceptions » © 🙂 . Et une ‘méchante’ LUCK y joue sa part.

Je n’ai pas abordé Lady Serendipity. Je le ferai, bien sûr : elle est tout aussi importante que Lady Synchronicity, sinon plus, même si elle ‘se la joue’ moins sérieuse. Et je finirai pour aujourd’hui en soulignant non seulement qu’elle peut être une ‘méchante’ manipulatrice du hasard, mais surtout, qu’elle a, et c’est mon expression favorite du moment :  une méchante sagacité.


ENGLISH       LUCK : LEXICON

Towards an operative and speculative LEXICON

Also an ‘aperitif’ before the opening of the Myth and Theatre Festival,
opening June 18, to June 30.

FRANÇAIS ci-dessus : Vers un  LEXICON  opératif et spéculatif
ESPAÑOL: Hacia un LEXICON operativo y especulativo (traducción pronto)

See INFORMATION (registrations or partial participation still possible)
Contact us texto +33 7 70 55 22 56 or email

NOTES : Loitering and Marauding

The words for the lexicon are in red (or blue, if with links).

The proposal is to construct a LEXICON around LUCK, one which is both operative, i.e. focused on and commenting the laboratory work, and speculative, so that the terms that come up, their origins and definitions, become creative catalysts. A glossary, sometimes even an instructions manual or even (perhaps especially) a  grimoire: a book of spells. I often compare laboratories (a term that comes from Alchemy) to spiritist sessions: theater as work on presence, certainly, but especially on « presence of spirits« , in the plural. Furthermore, a good false etymology is often much more creative than a so-called true one, which often, for lack of open-mindedness, can narrow horizons. Suspect etymologies are, moreover, part of LUCK‘s operations, in the manner of Alexander Fleming’s discovery of penicillin in 1928: a stroke of LUCK well followed up. We will return to these operations with the notion of serendipity but especially, for this festival, with the French notion of méchanceté.

Our lexicon, like the festival itself, must be at the same time extensive, inclusive and militant: the goal is to bring together kindred spirits around LUCK, a theme which seems to me, at this stage and in imminent preparations for the festival, to present the most challenging anthropological stakes of all! Do not hesitate to comment or make proposals ; here are its first meandering notes.

During my research on LUCK, I felt I was constantly going astray and could not help going off topic. It was compulsive; it even worried me, as if I were already hopping to the 2020 theme. These excursions seemed to be taking paths that totally deviated from LUCK; the paths were in fact a real river but at the other end of the world. At each excursion, and I could do several a day, I had to reprimand myself for going on detours that seemed not only unrelated to LUCK but even irresponsible. It reminded me of Beckett’s dead ends and non sequiturs in Waiting for Godot. But, at least, he had a character (a king / slave) whose actual name was Lucky and who had rivers of ink commenting on his relationship to LUCK … a case we should revisit very seriously during the festival (Beckett’s ethical stands in the play). (Note: if someone is looking for a working text for the festival, why not Lucky‘s monologue? Good luck with it!)

Sepik

I will therefore start with the name of the actual river at the origin of my digressions: it is the Sepik River, the longest on the Island of Papua New Guinea and which flows into the Bismarck Sea on the north coast. It is perhaps the most remote corner of our beloved earth, not far from the location where the young Michael Rockefeller, the son of Nelson Rockefeller, billionaire and vice-president of the United States at the time, disappeared in 1961. It is said that Papuan cannibals killed and ate him. In 1961! I could take on the defense of the Papuans (not at all hungry, but highly ritualistic in their sense of justice – check the recently published investigation by Carl Hoffman), but for now, I wish to point out that the Sepik Valley has produced (and still produces, rather for the tourists nowadays) artistic artifacts, called tribal or primitive, which I consider to be among the strongest ‘spiritist’ figurations ever. Why? I ended up finding one expression that suited me, in French: because of their méchanceté. I could not find another word. In English one could say wickedness. This leads us to the second word of the lexicon:

Méchanceté

This term has already appeared several times in the Editorial and in writings prior to the Festival. It came to me from Sepik, and from neighboring islands: New Ireland, New Britain, and beyond. (And from a recent exhibition at the Paris Quai Branly Museum: Oceania.) It’s with the notion of méchanceté that my detours suddenly made sense, because, to my very, very great surprise the word méchant comes from mé-chéance: ‘mal tomber’ – to fall badly; malchance i.e. bad luck! It did not necessarily imply bad or evil intentions. The loop came to a full circle and I found myself back with LUCK, but on the side of a certain BAD LUCK (wicked, mischief, malice), an inverted shadow aspect of LUCK which otherwise tends to remain a providential silly mechanism of happy innocence (or of pacts with the devil). Méchanceté ‘quickens’ and sharpens LUCK’s naively enchanted expectations. It is this méchante vision, this form of insight (an eminently Hillmanian term) that I invite us to confront, cultivate and work . Moreover, the qualifier of méchant, just like the English wicked, took a turn of admiring compliment: our ‘operative’ attitude would come to be one of “wicked LUCK”.

This take on the term méchant has various equivalents in English, and there is a term that has followed a similar drift: the word naughty – which comes from naught: zero, nil, zilch, whose connotations of childish impishness are in fact a socio-political Victorian reduction: since you are naught, zero, and that your social status is worthless – in other words: since you are poor – you are, a priori, a potential delinquent! English did the same and at the same period, to the god Pan; they infantilized him as Peter Pan. (We’ll talk about Pan too, about panic and spontaneity versus randomness or aleatoric principles.) In Italian one has the adjective cattivo, which is more aggressive and malicious: ‘captive’ – captive of the devil, of course. Some related notes :

On all these points we have serious work to do in order to refine the méchantes implications of this inverted loop: GOOD BAD LUCK: how to look for it, find it and, most importantly, how to ‘cultivate’ it. Several notes here:

  1. André Breton was a connoisseur and a keen collector of Sepik art. I continue to think that Surrealism was the most creative artistic move of the twentieth century – especially in its connections with psychology. I wrote an article about this, titled: Cubist – As in Cuba, (refering to voodoo in cubism – as opposed to the formalism of cubicles.)
  2. Now, for a false antinomy, a dangerously méchante and even bad faith one… (There would be so much to say about the relationship between faith, good and bad, and Luck! The very important ‘lucky’ issue of miracles!) A coarse play on words would make of a méchant a mé-chanteur: a bad or ‘dis’-singer, a practitioner of ‘bad-singing’ – or even a maître chanteur (a master-singer, i.e. a blackmailer: one who extracts and extorts truths through blackmail, or psychoanalysis …) I think of the philosophy of the voice of Roy Hart who was quite prolific and acute with méchant word-play, and insight. I described him as an « ethical genius »; here he would be a ‘wicked’ hermeneut, for whom the shadow’s dark perspective was the cornerstone of his singing philosophy and of his practice. I will return to this because there are underground links to explore, including those that point to the chant (singing-edge) of Apollo’s nasty knife (sharp, cutting, cold and dangerous), and to his justice in terms of singing in tune.
  1. A recent informal presentation of images of the Sepik was attended by artist Zwaan de Vries (see my review of her recent performance). She told us with great emotion how her father, a Dutchman, had been parachuted, alone, in the middle of the jungle and not far from the Sepik (a Dutch colony at the time), as an informant spy on the Japanese invader. In fact, his mission was a form of homicidal ostracism for having married an Indonesian woman, Zwaan’s mother. He had to face the head shrinking Papuans. Is this not the ultimate nightmare of Westerners?
  2. Americans call a therapist, a shrink. The reference is clearly to head-shrinking, head reducing. In French, avoir la grosse tête is to have an inflated head, an inflated ego, and therefore in need of deflation, reduction, shrinking.

With LUCK, we face dozens of etymological tributaries, real and false synonyms, associations and surprising variants in translations, including betrayals (the famous Italian traduttore / traditore). LUCK is an exceptional backpack-toolbox with which to travel up the Luck-Sepik River, to the animist spirits (and cannibals) waiting for us. What actually is this cannibalism?

Détours des Mondes (World Detours)

Our lexicon will be full of detours and diversions – and therefore of evocations and equivocations. Here is one. Since my years at Chelsea School of Art, in London, the Sepik Valley has been a fascination to me. I almost went there on a project in Australia that Linda Wise was to direct, with a circus group. The plan was to hire a circus-tent boat and tour Melanesia – all my favorite islands! I proposed to be their cook. It fell through, but soon after we were scammed in Paris by a so-called representative of the Ministry of Culture and Tourism of the Solomon Islands (there is no such ministry!). An incredible confabulation; the man said he wanted to invite me to direct a promotion project to attract luxury tourism to the Solomon Islands. He managed to extricate 500 francs (thankfully not euros) from Liza Mayer, despite the grimaces that I made to her behind his back. I had not swallowed the hook even after three hours of detailed and clearly informed brainstorming – plus a bottle of whiskey he drank almost on his own.

These fantasies of Melanesia come from the fact that I recently met the director of Detours des Mondes, an organization at the crossroads of all that is tribal art in Paris and in the world: publications and images, including catalogs of major auctions. What images! See an announcement. It is what triggered my own detours, without me seeing any link with LUCK. I must add, on the other hand, that I find great intellectual wealth in contemporary ethnology, especially regarding its own a priori colonialist stances; its méchant self-criticising humor has much to teach us. I’m thinking of one person in particular who has had a strong impact on my approach to object metaphor and acting, especially regarding fetishism (a very important aspect of a work I call The Academy of Boredom. It was the late Jean Bazin, who happened to have been an intimate friend of philosopher Xavier Papaïs, and who is often present in the writings of the director of Détours des Mondes.

Synchronicity and Serendipity

In the Public Program of the festival I present two notions I call the two contemporary “nannies” of LUCK: Synchronicity and Serendipity, two figures that do not get on well, are difficulet to bring together, and distrust each other, with clear hints of jealousy.

I start with Lady Synchronicity who, I think, would not appreciate to be treated in this ironic mode because she has become – perhaps was born – serious, or, at any rate, with aspirations to epistemological, if not ontological recognition. She can also have a mystical penchant. She had Carl Jung as (grand) father, who spoke of her in terms of “acausal synchronicity”, and therefore of psychic coincidence without a causal material factor, and who developed his own attitude towards synchronicity during a long correspondence which included psychoanalytic phases, with Wolfgang Pauli, Nobel Prize in Physics in 1945 for … – ((Interruption: a golden beetle just entered my library while I wrote these lines: I took my iPhone to make a selfie with the beetle clinging to my shirt… The sun was in my eyes and I took the pictures blindly, but … without reversing sides to selfie. As I fumbled, the beetle roared off down the valley – as if he was fleeing the occasion; so I do not have any pictures. It was as golden as I have ever seen one, and we  see them often in Malérargues, especially metallic green or red; magnificent!))

You see the coincidences: Jung, Pauli (Nobel Prize for his “definition of the principle of exclusion in quantum mechanics”). But before continuing my speculations, permit me to swear that this beetle did entered through the window of my library, like a little mini-bomber, and that he crashed three times against the closed glass door, trying to exit; I was about to open it when I saw that it was golden – as in the famous incident in Zurich, supposed to have given birth to the notion of synchronicity and where a golden beetle entered Jung’s analytic cabinet. I will let my friends have the pleasure of interpreting my own « synchronicity » in Malérargues, but here is how I speculate on the Zurich one: Lady Synchronicity has such a need to be taken seriously, because, either she is in need of affect and emotion, or because the context in which she is is itself charged with it; her reaction is to depreciate and deny the role of emotion and switch directly (sublimate) to quantic-scientific explanations. Jung, it must be said, treats the incident with great humor and irony, and very cool. I would add that it is the emotional context (especially erotic), or its non-acknowledgement which constellates significant synchronicities, and the corresponding transferential coups de théâtre (drama), or coups de foudre (Eros). This is a very important point in choreographic theater, where maybe the main critical criteria is, certainly for me, sentimental sophistication and therefore also the sophistication of synchronic moves or events. I would dare to say that synchronicity does not make for good theater because it is excessively magical, prematurely sensational and too ‘unconscious’ – to use a psychoanalytic term. Jung, like the scientists and linguists of his day, spoke of emotion as a “lowering of the mental level”. We touch here on issues that are at the heart of the choreographic theater laboratory.

Notes on themes and terms to be developed.

Sentimental sophistication, which I have just mentioned. We need to work on the importance of Sophism, of sophistic philosophers (notably Gorgias), of Second Sophistics, and ‘magical’ Neoplatonism, especially Iamblichus. We will talk on these matters during the seminars with Nate Speare. On all these points I am especially indebted to Xavier Papaïs.

Carl Jung and the golden beetle. I described Jung’s attitude as « cool »; I meant it in the best of senses: it is not that he is, or is not, deluded; it is his mindful attitude that remains open. A few years ago, I asked my peers why Jung was so present in our discussions. The answer, quite unanimous, was “because he does not close the doors”. (In my case, the window was open; the door, closed because of drafts …) Jung applies what I would call, following Xavier Papaïs, positive skepticism: « why not? (Instead of: “I do not believe it until it is scientifically proven”). I’ve heard Papaïs lecture on this, especially in relation to David Hume’s philosophy, as well as speaking of positive pragmatism.

Synchronicity constellates around her a whole territory of so-called parapsychological phenomena. A sum was recently published, which is also an update, entitled (precisely): Irreducible Mind – Towards a Psychology for the 21st Century (Esalen Institute, 2014). I was particularly interested (choreographic theater demands it!) in cases of synthonies / synchronicities between twins. Moreover, if I call my work Choreographic Theatre, it’s because if you mention choreography, synchrony is implied – and, for me, especially: psychological synchrony (perceptive tuning), involving even sympathy, i.e. magic, in original Greek sense. There is, moreover, a social need (a tribal one, for sure), for time and rituals of ensemble dance, whether playful, erotic, tragic, warlike or otherwise. And these synchronies (doing the same thing at the same time) are loaded with emotional values ​: they are anthropologically necessary, and humanly universal (?) These are the foundations of my work, which then takes off into all sorts of possible (méchant) exceptions: “Rules are made to confirm exceptions” © 😉 . And a méchante LUCK plays an primordial role in exceptionality.

I have not commented on Lady Serendipity. I will, of course: she is as important as Lady Synchronicity, if not more, even though she ‘plays it’ less seriously. I will end today by pointing out that not only can she be a ‘wicked’ (méchante) manipulator of chance, accident and coincidence, but especially, that she has, and this is my favorite expression of the moment: wicked sagacityune méchante sagacité.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.