Estampe / Estompe

Mazel b
Musiques des âmes du monde
Concert
Ruth Benarroch
Accompagnée à l’accordéon par Maxime Perrin.
Le 24 août 2019, à Malérargues, Centre Roy Hart.

L’ESTAMPE

Photo archive – Ruth Bennaroch

J’appelle Ruth Bennaroch La Reine Séfarade, et j’ai beaucoup de compliments à lui faire au niveau de ‘l’estampe’. Être une reine séfarade en est déjà un, et de taille ! Une magnifique estampe. Une estampe, techniquement, c’est une impression à partir d’une gravure prototype : un transfert sur papier d’une image gravée sur cuivre – ou sur d’autres supports, comme la lithographie, sur pierre (une forme moins pointue et acide – plus estompée, justement). Par extension, une estampe est aussi une image, prise au sens large d’une figure-type, typée souvent jusqu’à l’allégorie, et généralement à la fine allure – ou riche et fleurie, comme c’est le cas avec Ruth Benarroch. L’art européen de la fin du 19e a connu un engouement particulier pour les images estampes (les Préraphaélites en Angleterre, les Néo-Classiques en France, appelés méchamment Pompiers…) Ruth Benarroch est une estampe incarnée : une reine, et non plus une princesse. Matisse l’aurait prise comme modèle d’odalisque – et Picasso l’aurait suivi de près.

Matisse Odalisque

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Méchant Carton Plein

Le Rêve d’une Danse

Photo Didier Monge

de et par Hélène Larrodé
mise en scène de Linda Wise

Représentation donnée le 9 août
2019, au Centre Roy Hart (Gard)

 

 

 

Prélude

Mon père avait un avocat, non pas véreux, mais venimeux. Et laid. On l’appelait le singe électrique (el mono eléctrico) tant il avait de tics (à la Sarkozy). Par contre, il était toujours impeccablement surhabillé, surparfumé et surgominé. Je pense qu’il était amoureux de ma mère et qu’elle l’avait envoyé promener. C’est une histoire à la Othello (à la Iago, surtout) mais post-mortem, car mon père est mort à quarante-six ans d’une terrible cirrhose – après vingt ans de whisky ! L’avocat s’est débrouillé pour lui faire signer un divorce peu avant sa mort, en plein coma, laissant ma mère sans héritage ni soutien financier. Cet avocat gérait aussi une autre obsession de mon père, (qu’il repose en paix : il est parti trop tôt pour que puisse être son ami…). Son autre obsession, c’était l’évasion fiscale. Les sociétés off-shore (Panama déjà). Ma sœur et moi n’étions pas dupes et traînions les pieds pour aller signer les papiers de l’héritage après sa mort. L’avocat a vite compris pourquoi, bien sûr : ce divorce. Sans un mot, il a fait déposer un énorme tas de cartons devant l’appartement de ma sœur, bloquant le palier, avec tous les dossiers. (Voir le post scriptum, pour une réflexion sur ce prélude.)

J’ai eu aussi un peu l’impression d’avoir déchargé plein de cartons chez Linda Wise, en discutant avec elle sur Le Rêve d’une Danse. Des cartons contenant des dossiers sur la performance donnée la veille à Malérargues. C’était la quatrième version que je voyais.

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LUCK LEXICON

Vers un  LEXICON  opératif et spéculatif

Et APERITIF pour le Festival Mythe et Théâtre  : 18 juin 2019.

ENGLISH : Towards an operative and speculative LEXICON (below)
ESPAÑOL : Hacia un LEXICON operativo y especulativo
(traducción muy pronto)

Voir aussi L'EDITORIAL et INFORMATION sur le FESTIVAL
(inscriptions ou participation partielle possibles)
Nous contacter texto +33 7 70 55 22 56 ou email
NOTES : MARAUDAGES et VADROUILLES

Les mots du lexique sont en rouge (ou bleu, si avec liens).

Proposition de construire un lexique autour de LUCK, un lexique à la fois opératif, qui accompagne le travail expérimental en laboratoire, et spéculatif, pour que les termes, leurs définitions et origines deviennent des catalyseurs créatifs. Un lexique, un glossaire, voire parfois un mode d’emploi ou même (peut-être surtout) un grimoire. Je compare d’ailleurs souvent les laboratoires (un terme qui nous vient de l’alchimie) à des séances de spiritisme : le théâtre comme travail de présence, oui, mais surtout de « présence d’esprits », au pluriel. Par ailleurs, une fausse étymologie est souvent bien plus créative qu’une ‘vraie’, qui peut boucher les horizons par manque d’ouverture d’esprit. Les étymologies douteuses font partie, d’ailleurs, des fonctionnements de LUCK, comme la découverte de la pénicilline par Alexandre Fleming en 1928 : un coup de LUCK bien suivi. Nous y reviendrons avec la notion de sérendipité mais surtout, à présent, de méchanceté : que préférez-vous, une mauvaise bonne fortune, ou une bonne mauvaise fortune ? Lire la suite

Jung, Kingsley, Faulkner

rb nautis

Le Libre Rouge, Nautis, dessin de C.G.Jung

Carl Gustav Jung (1875 – 1961) est mentionné en premier dans le titre de cet article, par respect. Faulkner (1897 – 1962, un peu plus jeune), en dernier ; mais il serait « le premier grand romancier de l’inconscient ». Peter Kingsley, entre les deux : il vient de publier un nouveau livre (en deux volumes) intitulé : Catafalque : Carl Jung and the End of Humanity (Catafalque : Carl Jung et la Fin de l’Humanité). Les titres des livres de Kingsley sont en général de belles provocations, comme l’est aussi le ton qu’il adopte souvent dans ses écrits. Les universitaires peuvent être mesquins et compétitifs dans leurs critiques, mais qu’est-ce que Kingsley leur facilite la tâche ! D’un point de vue artistique, le mien, en marge des obligations académiques, mais allant souvent piller les travaux des universitaires, les provocations de Kingsley sont des appels d’air frais. Après tout, provoquer, c’est, étymologiquement pro voce : faire ressortir des voix, susciter l’inspiration, la pensée. Le respect dû à Jung est une autre affaire, que je dépose comme une gerbe de fleurs sur le pont-levis de sa tour médiévale à Bollingen, au bord du lac de Zurich. (Le pont-levis est une figure de l’esprit, bien sûr.) Lire la suite