Hello again, Zarathoustra

Séminaire originellement intitulé
Nietzsche et la Franc Maçonnerie
Autour du livre Philosophie de l'Initiation
de Bruno Pinchard
avec l'inclusion du livre de Peter Kingsley
Catafalque : Carl Jung and the End of Humanity.
 
RENSEIGNEMENTS et INSCRIPTION

Originellement, ce séminaire en deux séances allait être dédié au livre de Bruno Pinchard, Philosophie de L’Initiation, dont j’avais fait le Livre de l’Année 2018, mais sans avoir pu en partager les raisons jusqu’ici. Vous trouverez ci-dessous la présentation originelle du séminaire, puis ensuite sa mise à jour avec l’inclusion de l’impact du livre de Peter Kingsley : Catafalque : Carl Jung and the End of Humanity.

Le livre de Bruno Pinchard, d’abord. Je compte l’aborder à travers le thème: Nietzsche et la Franc-Maçonnerie, et je nous invite à étudier particulièrement le chapitre intitulé Ainsi parlait Zarathoustra / aux francs-maçons. Télécharger copie PDF

J’ai écrit à Anna Griève que « …mon engagement avec ce livre est très personnel », et que « ce chapitre éclaire mon parcours théâtral, et notamment avec Roy Hart. Ainsi que mon éducation catholique, puis plus tard baroque et gréco-latine. » Je peux dire que, jeune étudiant, je cherchais une conjonction entre l’art et la religion, une conjonction qui serait essentiellement une question de «bonne foi» morale, et non pas de croyance transcendantale, (foi en Dieu et en sa parole). Une attitude de type gnostique, politiquement laïque, et dans un horizon de pensée et de tolérance polythéiste (surtout après ma rencontre avec James Hillman), à la recherche d’un comportement juste et généreux. Et c’est ce que Pinchard voit dans la franc-maçonnerie.

Roy Hart était, lui, juif et très enraciné dans une éthique talmudique; l’écrit que je considère de fait comme son manifeste est un poème intitulé Biodrame, écrit pour lui par un médecin français, juif, né en Turquie : Serge Behar, qui fut grand maître de la Loge du Grand Orient de France, et aussi écrivain de théâtre. Voir vidéo de l’époque : Yves Mourousi et Serge Behar (image ci-contre)

Le livre de Pinchard éclaire de façon remarquable, et érudite, tout cet arrière-plan culturel, ainsi que la dualité monothéisme / polythéisme. Je compte parler des raisons de ma résistance à la ritualisation dans le théâtre, et des raisons de mon engagement iconoclaste dans la performance (c’est là que Nietzsche entre en scène) – ou ce que j’appelle, d’après Roberte Hamayon : chamaniser. (Le Chamanisme sera le thème d’un deuxième séminaire en mars 2019.)

A travers ces réflexions je compte aussi mettre à jour mes réponse à la question : Qu’est-ce que Roy Hart enseignait?  Et ce que je pense que j’enseigne aujourd’hui.

Paris, le 18 janvier 2019


Bienvenue de nouveau à Zarathoustra.

Deuxième version et mise à jour de la présentation du Séminaire.

Voici à présent une deuxième présentation :

Les deux sessions de ce séminaire allaient être dédiées au livre de Bruno Pinchard, Philosophie de l’Initiation, et en particulier au chapitre : Ainsi Parlait Zarathoustra – aux Francs Maçons.

Tout en étudiant le mode sur lequel Bruno Pinchard entend le Zarathoustre de Nietzsche parler aux francs-maçons, en particulier sur le théâtre et les rituels, je finissais d’écrire un article préliminaire sur le nouveau livre de Peter Kingsley: Catafalque, Carl Jung and The End of Humanity. Avant de le lire, je m’étais promis de ne pas ouvrir le livre avant d’avoir écrit un prélude ‘à l’aveugle’ de spéculations hypothétiques sur ce que je pensais pouvait bien être son contenu. Je n’ai même pas retiré le livre de son emballage même pas pour voir la couverture. Ce prélude spéculatif ‘à l’aveugle’ est maintenant terminé. Le titre de l’article est: Jung, Kingsley, Faulkner. , et vous pouvez le lire sur mon blog. J’ai donc ouvert le colis, non sans trépidation, et parcouru méthodiquement les deux volumes en un peu plus d’une heure, en utilisant notamment son index, très révélateur, et ses notes de bas de page (tout le deuxième volume !) Ma conclusion: Attention: Catafalque Toxique! J’ai mis le livre en quarantaine par mesure de précaution. Je l’ai littéralement déposé dans une chambre froide que je visite rarement. (Qui a dit que je n’aimais ni les rituels, et que je ne suis pas superstitieux?) Je vais devoir écrire un deuxième article sur cette décision surprenante et sur le choc qui l’a provoquée. Je ne suis pas certain que je pourrai rouvrir le livre et le lire. Ce que je souhaite par contre dans cette présentation et dans les séminaires à Paris et au Festival, c’est de faire en sorte que la commotion provoquée par livre de Kingsley soit un alimente les préparatifs et les échanges du festival LUCK.

Une chose m’a frappé particulièrement, et ce sont les parallèles avec Bruno Pinchard – dont le livre, d’une grande érudition, peut parfois être sibyllin, voire péremptoire, mais pas « toxique » : si c’était le cas je serais en mauvais état car je l’ai lu et relu plusieurs fois ! Les livres de Peter Kingsley m’avaient jusqu’ici ‘amusé’ (animé sérieusement mes Muses), surpris aussi, et ils ont renouvelé, voire bouleversé pour moi certains horizons historiques (histoire des idées). Mais là, avec ce nouveau livre, il saute pieds joints dans notre époque et dans un terrain que je connais bien : l’héritage de C. G. Jung, qui, lui, a bien fouillé les arcanes et les arches mystiques de Psyché. A prime abord, Kinglsey vise surtout James Hillman, et méchamment. Pinchard aussi envoie une ou deux petites bombes puantes dans le jardin de Jung, (au sujet de Nietzsche, d’ailleurs, P.82 note 2 de l’extrait pdf. Une autre, P.28, qui soulève une grande question quant au rite : « … une capture du rite par des états mentaux ».) Je doute par ailleurs qu’il soit familier de l’œuvre de Hillman ; peu d’intellectuels français le sont. Kingsley, pour sa part, croit avoir trouvé la Vérité de la Réalité (ou l’inverse), ce qui pour un homme de théâtre comme moi, vient à signifier délire religieux. Je me permets d’être un peu brutal ici. Bruno Pinchard, franc maçon, voit dans la franc maçonnerie le meilleur usage (je ne crois pas qu’il en fasse une question de vérité) de l’héritage mythologique de l’humanité, et en particulier de nos jours vue la guerre que se livrent états laïcs et états religieux.

Au centre de ces remous, notamment entre Kingsley et Hillman, il y a pour moi la différentiation entre psyché et esprit, surtout lorsque Psyché (je passe en majuscule et en personnification) est associée à anima (et la notion d’âme) et, plus encore à la notion d’imagination. Je viens d’avoir un échange avec une collaboratrice avec qui je dialogue sur une possible création en « folie à deux », et j’ai mentionné le besoin d’un « contrat moral ». Elle m’écrit : « … je veux un contrat d’âme, je ne peux pas descendre de l’âme à la morale ». Je lui réponds ce qui suit :

« C’est indispensable. L’âme elle-même le désire : elle veut descendre dans la vallée et ne pas rester dans les cimes ou chercher les sommets. Le contrat moral pourrait être l’accord nécessaire si nous arrivions par exemple à un carrefour où une flèche indiquerait : monter au sommet (Spiritualité), et une autre : descendre dans la vallée (Eros). Là, il faut chercher une ‘concord-danse’. Et c’est ce que j’entends par « contrat moral » (et non pas moraliste ou moralisant.) Un lieu de rencontre et de concord-danse. »

Il s’agit en fait de l’un des points essentiels de la pensée et de la pratique de Hillman : la priorité donnée à l’imagination (du côté des notions d’âme, anima, psyché) ; dans son cas, il s’adresse à la psychologie (l’un de ses premiers grands livres s’intitule Re-visioning Psychology). Dans mon cas, c’est dans ma façon de faire et de penser l’art. C’est ce parallèle de priorités qui nous a réunis. (Hillman articule le différence âme/esprit dans un article intitulé Peaks and Vales, 1976, traduit en français dans La trahison : et autres essais). Je diffère mais respecte ceux pour qui la priorité est l’Esprit et la spiritualité, que ce soit par une élévation au-dessus et au-delà des images, par un détachement du corps et de la sexualité, ou par la recherche mystique d’une force ou d’un état transcendantal. L’un des philosophes proches de Hillman, Edward Casey, a écrit un livre intitulé Imagination is Reality. Le grand manifeste de Kingsley (notamment sur Parmenide) a comme titre tout simplement : Reality. J’y vois le noyau dur de cette polémique.

Chez Kingsley, c’est ce respect qui me semble manquer. Son ton est trop souvent méprisant et, dans le cas de Hillman, plutôt malicieux. Je reviendrai dans un prochain article sur des points spécifiques, non pas comme une façon de prendre parti (ma position est claire), mais plus comme un moyen de mettre à jour mon propre horizon de référence et son lien avec les idées de Hillman aujourd’hui, presque dix ans après sa mort, et quarante après l’avoir rencontré. Lorsque Kingsley est dédaignant avec ses collègues universitaires, nous, artistes, nous pouvons sourire devant le ton et la rigidité apparente de ce type de débat, même si la critique artistique entre pairs se heurte souvent à des attitudes concurrentielles similaires. L’important ici, c’est que nous ne pouvons par faire appel à des preuves scientifique : il n’y en a pas. Nous devons travailler en termes de ce que j’appellerais la critique artistique en profondeur, comme en psychologie des profondeurs. Je garde également à l’esprit une chose que Rafael Lopez-Pedraza m’avait dit après avoir entendu des artistes se disputer sur des jugements de qualité: «Le besoin de critiquer est souvent hystérique». Nos propositions artistiques et notre façon de penser sont spéculatives, et non pas scientifiques. Poétiques, et non pas académiques – tout en sachant que la science et le monde académique peuvent être une source d’inspiration.

Bruno Pinchard, par ailleurs, présente quelque chose comme une armure d’initié. Il est doyen de philosophie à l’Université de Lyon et, avec lui, l’érudition universitaire est en quelque sorte une tour d’ivoire, pas seulement du savoir, (encore une fois: c’est un érudit d’une ampleur et d’une sensibilité extraordinaires, et l’un des penseurs post-marxistes le plus intéressants j’aie lu), mais avec lui, l’idéal universitaire devient une sorte de temple d’initiés (maçonnique?) par lequel accéder à une «réalité» et / ou à une «vérité» (je reviens à ces notions) à un niveau ‘supérieur’. Paradoxalement, c’est précisément ces implications élitistes et initiatiques qui me semblent si fascinantes car j’ai passé plusieurs années à suivre un maître comme Roy Hart et j’ai bien connu les grands directeurs gourous des troupes théâtrales des années 60 et 70, dont les approches étaient imprégnées de rituel et surtout d’esprit initiatique (et, dans le cas de Roy Hart, également de psychologie « initiatique »). Nous savons bien aussi que la plupart des approches psychanalytiques font le lien entre rituel et initiation. L’un des thèmes clés de Roy Hart, à l’instar de Kingsley, Hillman et Pinchard – bien qu’avec ce dernier ce soit d’une manière plus littéraire et culturelle – est la mort initiatique. Je développerai ce thème lors de futurs séminaires en abordant, par exemple, une question de fond : « Qu’est-ce que Roy Hart enseignait ? »

P.S. La fusion contemporaine entre le théâtre et ce que l’on appelle désormais « performance art » est en train de produire, à mon sens, l’un des résultats artistiques les plus intéressants – oserais-je dire? – de l’histoire, certainement de mon vivant – et cela est dû à l’intensité et à la qualité de ses dialogues (spéculatifs) avec la philosophie, à tous les niveaux, y compris la politique, la psychologie et, surtout, une nouvelle évaluation de la magie – (d’où mon intérêt pour le philosophe Xavier Papaïs). J’ajouterais, pour faire suite à cette perspective optimiste : c’est pourquoi les propositions de Hillman, de Kingsley et de Pinchard me semblent essentielles – ainsi que celles de maîtres récents tels que Roy Hart et Grotowski, sans parler de Carl Jung.

Madrid, le 5 février 2019

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