Le Tweet de Jodorowsky

La philosophie de Roy Hart

J’ai choisi une très forte polémique autour d’Alejandro Jodorowsky pour éclairer ma position aujourd’hui sur la philosophie de Roy Hart dans le contexte des formulations du nouveau site du Centre Roy Hart [1]. Alejandro Jodorowsky est un artiste, devin et commentateur culturel chilien, connu en France et dans le monde entier pour ses films devenus culte; connu aussi pour ses lectures généreuses et acérées du Tarot, dans un café parisien – et, à présent, pour ses tweets, surtout en Espagne où il a, ou avait, un programme à la télévision qui mélangeait allégrement les entretiens people et culturels avec le Tarot. Le tout dans une atmosphère très affable, plutôt Madame Soleil, avec une belle ironie enjouée, mais toujours direct, courtois et sans langue de bois [2].

Plutôt que de remplir le formulaire j’ai donc choisi une réponse de fond. Ni le format, ni l’esprit des questions ne correspondaient à ma position à Malérargues, ni à comment je vois l’héritage de Roy Hart, ni non plus à une présentation du Festival Mythe et Théâtre [3] qui n’est ni un stage ni un festival au sens conventionnel, mais plutôt d’une grande rencontre entre pensée (surtout mythologique) et pratique théâtrale [4].

Une autre question concernait ce que signifie le lieu, Malérargues. J’en parlerai un jour. Pour mes réponses originales, voir le FORMULAIRE.  J’ai entretemps remplacé Le Tweet de Jodorowsky par une deuxième définition : La Voix d’un Voyant. [5].

tweetLe 25 juillet 2016, il poste un tweet qui est critiqué férocement dans le journal espagnol El Pais [6].

Je présente ci-dessous l’échange de tweets, des extraits de l’article dans El Pais, et mon commentaire. Ils firent l’objet d’un séminaire sur La Psychosomatique durant l’été 2016, avec Kaya Anderson et Linda Wise – voir diaporama. Le présent article est aussi, bien évidement, lié au thème du prochain festival : Tirésias – Voix Mantique, Devin Aveugle, Transsexuel. Voir note #2.

LE TWEET: « Jeune fille, j’ai été abusée sexuellement. A présent, malgré l’amour que j’éprouve pour lui, j’ai du mal à désirer mon partenaire. »

LA REPONSE d’Alejandro Jodorowsky: « Déguise-le comme l’homme qui t’a abusée, il/cela t’excitera. »

LA CRITIQUE de Beatriz de Vera dans El Pais – 26 JUL 2016:

Psicoanálisis, la teoría detrás de los disparates de Jodorowsky

« La Psychanalyse, la théorie derrière les absurdités de Jodorowsky. Après la polémique créée par l’écrivain sur Twitter, nous analysons la validité scientifique de l’un des piliers de la Psichomagie. »

Article complet en espagnol.

Extraits : « Aucun utilisateur de Twitter, ou personne reliée aux médias, n’a pu rater l‘incendie criminel sur les réseaux sociaux causé par un message de l‘écrivain, réalisateur et thérapeute psychomagique Alejandro Jodorowsky, dans lequel il dévaluait et même banalisait les abus sexuels sur mineurs. Le tweet en question faisait référence à la consultation d’une patiente: « Jeune fille, j’ai été abusée sexuellement. A présent, malgré l’amour que j’éprouve pour lui, j’ai du mal à désirer mon partenaire. » Le chilien recommande: « Déguise-le comme l’homme qui t’a abusée, il/cela t’excitera. » Et il explique sa position par un autre message qui s’est avéré être encore plus tordu et controversé: « Un abus sexuel peut être féroce ou peut être séduisant si c’est un inceste. L’abus incestueux peut ne pas être violent et réveiller un Oedipe .

Ces barbaridades (inepties barbares) sont le résultat d’une discipline psychologique, une pseudo thérapie créée par un artiste et appelée Psychomagie. Et si le nom n’est pas preuve suffisamment éloquente, cette discipline se dit enracinée dans le chamanisme, le tarot, la psychanalyse et l’effet du théâtre. Le journaliste et membre du Cercle Sceptique MJ Schwarz, a averti pendant des années sur la folie des théories de Jodorowsky, qui se considère comme l’«élu» de la Psychomagie. Le Mouvement Panique qu’il a fondé conjointement avec le dramaturge Fernando Arrabal et qui basait son symbolisme sur la psychanalyse, est une démarche qui peut se justifier pour un artiste qui cherche à trouver des symboles pour déclencher certaines émotions, mais lorsqu’il est vendu pour «guérir» des personnes atteintes de graves troubles émotionnels, des problèmes ou situations psychiatriques, c’est d’une irresponsabilité suprême. »

MON COMMENTAIRE : « La réponse de Jodorowsky est, à mon avis, adroite et « performative » à au moins trois niveaux: affective, effective et fictive. Elle manifeste une grande sagacité psychologique, adulte, en base à un «contrat moral» direct et, pour sûr, ici, condensé. Bravo à la dame pour avoir osé sa question ainsi. Jodorowsky donne une leçon d’enseignement psychosomatique, de type psychodrame, et conforme par ailleurs aux traditions des consultations oraculaires, comme Delphes (tout aussi brèves), et aussi le Tarot… La réponse que l’on obtient dépend en très grande partie de la question posée. Artistiquement, Jodorowsky est en ligne avec tout un pan de la dramaturgie contemporaine, à vrai dire « classique » depuis la deuxième guerre mondiale : le théâtre panique, le théâtre de l’absurde, le théâtre existentiel, etc. Et, depuis, avec la descendance d’un auteur comme Harold Pinter (prix Nobel) : des auteurs-dramaturges pour qui il s’agissait d’articuler les fantasmes érotiques sous-jacents qui meuvent (et émeuvent) individus et sociétés. J’ai trouvé choquant, et borné, le statut donné par la critique d’El Pais à l’imagination, à l’art et au théâtre en particulier. Ma réaction ne cherche pas à dévaluer le recours à la médecine ou à la pharmaco-psychiatrie, mais à souligner l’importance de Psyché dans la conscience, même scientifique, contemporaine.

Jodorowsky n’est pas loin du tout de la façon dont j’ai vu Roy Hart agir et enseigner – et c’était l’aspect de son enseignement qui m’a le plus marqué: sa capacité extraordinaire d’adaptation psychologique au cas par cas pour donner des réponses affectives et effectives. Il faisait cela principalement par l’interprétation de rêves dans un contexte groupal. (Je me dois d’ajouter ici, aujourd’hui: « La voix est toujours une voix de rêve »[6], car la philosophie de la voix, comme la pensée psychosomatique, comme la phoniatrie, a beaucoup évolué depuis 1975, date du décès de Roy Hart.) Lors des réunions de groupe, Roy Hart pouvait être intensément patient (des heures et des heures à « pêcher dans l’inconscient »), et d’autres fois il pouvait être radicalement incisif, bref et férocement antinomique (briser les normes).

Les accusations virulentes contre Jodorowsky, et contre Freud et la psychanalyse, comme étant « non scientifiques », devraient être dépassées – et le sont en fait par les penseurs qui aujourd’hui – même les technico-scientifiques – relativisent l’épistémologie de la pensée scientifique. La hargne contre Freud semble continuer cependant, certainement chez cette critique d’El Pais ; j’y entends en fait une censure morale et non une attitude scientifique, car je ne vois pas ce qu’il y a de choquant dans ce que dit Jodorowsky sur l’inceste.

Il se trouve que je suis ami proche de Sonu Shamdasani, peut-être le plus renommé des historiens de la psychologie aujourd’hui: il fut directeur des archives de la Maison Freud à Londres, et ensuite chargé des archives de C.G. Jung – dont il édita Le Livre Rouge. Au sujet de C.G. Jung, lorsque j’ai demandé au cercle de penseurs amis du Festival Mythe et Théâtre: « Pourquoi Jung est-il si présent dans nos références ? », ils ont dans l’ensemble répondu : « Parce qu’il ne ferme pas les frontières de l’imagination. » Là il y avait une possible critique implicite de Freud – du Freud qui se voulait scientifique, tout comme Jung d’ailleurs : à l’époque ils se devaient de l’être. Pour quelqu’un comme James Hillman, une génération plus tard, ce n’était plus un problème et sa séparation avec l’Institut Jung de Zurich s’est faite en grande partie à cause du virage excessivement clinique que prenaient l’institut et ses diplômes. D’ailleurs tous trois, Hillman, Freud et Jung, dans cet ordre à mon avis, étaient de grands écrivains.

Il y a quelques années Sonu Shamdasani a aussi rejoint la cabale scientifique contre Freud : il fut co-auteur avec Mikkel Borch-Jacobsen de Le Dossier Freud.[7] J’ai écrit que c’était  « … un livre terrible contre Sigmund Freud où ils critiquent sans pitié ses méthodes scientifiques. Ils y parlent de « folie à deux » : comment Freud « plante » ses idées chez le patient pour découvrir ensuite la preuve scientifique de ses hypothèses. En lisant leur démontage féroce des fameux cas cliniques de Freud je me disais: « mais c’est exactement notre procédé de création artistique ! » – un jeu d’influences, de suggestions, d’appropriations, de transferts – mais avec suffisamment de détachement « contractuel » et d’humour complice pour que chacun puisse tenir son rôle dans l’élaboration du résultat final. »[8]

Aujourd’hui, j’en suis venu à jouer (performer), diriger, enseigner (et peindre et écrire et penser) selon ce type de vision, faisant confiance à ma propre perception psychologique, à ma façon de passer à l’acte, et de donner voix aux scénarios de contretransfert (ou de folie à deux), tout en évaluant et en analysant le plus lucidement possible le contenu et l’engagement du «contrat moral»: quelle est en fait la requête qui m’est faite, aussi oblique ou même inconsciente soit-elle ? Je n’hésite pas à recommander le recours à la médecine, par exemple pour des troubles vocaux, vu la teneure du travail vocal – ou à la psychothérapie[9]. En fait l’« éducation » psychanalytique – à priori dans toutes les écoles – me semble donner un fond d’expérience et de réflexion parfois essentiel à la création artistique – comme par ailleurs l’« éducation » culturelle et académique : les idées et les livres. Je suis très prudent avec la frontière entre art et science, surtout la frontière pharmaco-médicale, et souvent à cause des excès héroïques et alternatifs des années 1960/70. Mais ce n’est pas une raison pour fermer les frontières.

Trois phrases pour finir :

Je soutiens que la psychosomatique est aussi le substrat du métier de créateur-performeur.

« Ce ne sont pas tant les personnes qui ont besoin de thérapie, mais les idées », de James Hillman, qui voyait là le rôle principal des artistes.

M. G. Le Clézio : « Un jour on saura peut-être qu’il n’y avait pas d’art mais seulement de la médecine»[10].

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[1] Voir site web du Centre Roy Hart.

[2] Je recommande vivement l’entretien avec Paul B. Preciado sur  DAILYMOTION

[3] Le Festival Mythe et Théâtre aura lieu du 18 juin au 2 juillet 2017, comme tous les ans, à Malérargues, Centre Roy Hart, dans le Midi de la France. Voir FESTIVAL. Son thème : Tirésias : Voix Mantique / Voyant Aveugle / Transsexuel. Voir EDITORIAL  sur ce blog.

[4] La philosophie de Roy Hart tout comme son travail vocal y ont une place importante, ainsi que la mise à jour de sa pensée, de sa pratique, et de son contexte historique (les années 1960/70).

[5] Si j’ai connu quelqu’un qui pouvait être un provocateur public, c’était bien Roy Hart – au point que certains de ses proches on parlé d’auto-sabotage de ses entreprises théâtrales. Pour lui, sans aucun doute, cela faisait partie de l’intégrité militante de sa voix. Un exemple : lors des entretiens publiés dans la revue Primer Acto (Madrid, fin des années 1960 – bientôt traduits), le ton de ses interlocuteurs est souvent très méfiant, car, comme avec Alejandro Jodorowsky: Roy Hart savait aussi séduire et, comme le remarque l’un d’entre eux, être « sibyllin ».

[6] Tirée d’une citation de Mladen Dolar dans, Une Voix et Rien d’Autre, Broché – 2012, Christine Vivier (Traduction).

[7] Voir Folie à plusieurs Jung et Freud. Procédures artistiques, biographies et folies à plusieurs, sur le blog « technique » de Panthéâtre.

[8] Voir les notes de mise en scène du spectacle Une Etrange Demoiselle, de Maryline Guiton. Et le Festival Folies à Deux, Paris 2012.

[9] Voir les quatre articles consacrés à Rafael Lopez-Pedraza, psychothérapeute, sur ce blog.

[10] J. M. G. Le Clézio in, Haï, Skira-Flammarion, 1971.

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Festival 2017 : Tirésias

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Voix Oraculaire – Voyant Aveugle – Transsexuel

Editorial / Enrique Pardo

rub-mt17-tiepolo-200blog-frTirésias est un étrange et inquiétant personnage : peut-être le plus grand devin de l’Antiquité, craint pour ses révélations et ressenti comme de mauvais augure : porte-malheur, trouble-fête, rabat-joie, pestiféré à sa façon. Mais il faut bien se rendre à l’évidence : il s’agit d’une figure de vérité, et la méfiance qu’il suscite a pour origine une peur panique devant la clairvoyance de son regard aveugle[1]. Qui plus est, dans les tréfonds de nos mémoires intuitives, nous savons que sa voyance est quelque part liée à ses métamorphoses chamaniques[2] – transsexuelles. Lire la suite

Des voix qui en savent plus

Background Vocalists
Les Choristes
dans un Théâtre Chorégraphique

English translation: Voices that know better
Español – pronto: Voces que saben mas

Lors du projet 2017 Pantheatre Chile à Santiago, nous avons visionné le film 20 feet from stardom, de Morgan Neville, Oscar et Grammy du meilleur long documentaire 2014[1]. Un film très hollywoodien, « un poème dédié aux choristes pop et soul… celles qui chantaient à l’arrière de la scène, à vingt pas derrière les stars. Springsteen, Sting, Stevie Wonder, Mick Jagger… » Dans ce film tous les quatre ont un certain âge, et je dois dire qu’ils parlent en grands seigneurs. D’autres figures le sont beaucoup moins, ou carrément crapuleuses.

20 feet from stardom

Lisa Fischer – la « protagoniste » du film.
Chanteuse back-up extraordinaire.

J’ai proposé de voir ce film en prélude au stage annuel professionnel à Paris – Performance Vocale et Musique, et comme une entrée en matière pour réfléchir sur la voix des choristes, les background vocalists, aussi appelés back-up singers : les vocalistes d’arrière-plan, d’arrière-fond. Regarder le film du point de vue d’un théâtre chorégraphique  et écouter les voix avec des oreilles… métaphysiques, ou, comme le proposerait Steven Connor : comme un phénomène culturel de ventriloquisme, comme un surgissement sibyllin[2]. D’où viennent les voix qui émergent des choristes? Qui sont-elles? Quelle est leur place? A qui appartiennent-elles ? Que disent-elles ? Lire la suite

N’importe quoi !

Pour le meilleur et pour le pire.

DSF1Ci-dessous, deux articles écrits il y a quelques mois sous l’intitulé N’importe Quoi ! – et que je poste seulement maintenant, après avoir vu le nouveau spectacle de François Chaignaud et Cecilia Bengolea : DFS. Lorsque les lumières de la salle ont commencé à s’éteindre, j’ai murmuré à mon

DSF. Photo F Chignaud

DSF. Photo F Chignaud

voisin, l’acteur argentin Pablo Delgado : « ¡Ahora nos vamos a divertir! » (Maintenant on va bien s’amuser !) En fait, se divertir: dans divertir il y a déviation, détournement. Après une minute, comme prévu, j’ai commencé à rigoler ; les danseurs se mettaient à peine en place dans le noir. Mon autre voisine, Linda Wise, se tourne vers moi : « Tu commences vite ! » Oui. C’est rare que des spectacles me rafraichissent autant que les leurs! Dans DFS, ils le font avec une finesse délicieuse : de la danse flirt, parfois flirt-battle, exquise, comique, une sorte de naïf street-wise. (Difficile à traduire : à la mode, mais costaud et provocant, urbain – « idéologie de la rue ».) Cette fois c’était la rue jamaïquaine – mais avec des polyphonies a capella médiévales![1]

mimosa4Leur spectacle précédent, dont je parle à continuation, (M)IMOSA (un quatuor en fait), était, lui, beaucoup plus « hard » : du n’importe quoi adulte, voire SM. Dans DSF il y a un côté enfantin, même petit-rats d’opéra (hip hop en pointes !) L’innocence, voire le kitsch, n’entame en rien, au contraire, l’acuité et la lucidité des propos de François Chaignaud et Cecilia Bengolea, eux-mêmes sur scène et assez virtuoses, un peu grand frère et grande sœur, et même par moments papa et maman ! Ce qui me faisait rigoler vient aussi et incontestablement de la façon dont ils ont tout simplement contourné le désert dans lequel la danse contemporaine s’était enlisée: un rigorisme conceptuel et janséniste refusant toute sensualité, tout plaisir. Rien que de l’ironie acerbe. A terme c’est mauvais pour la santé. Lire la suite

Sécurité / Insécurité

Réflexions Paniques

Laboratoire de théâtre chorégraphique
La Villette, le lundi 21 novembre 2016

Au moment d’entamer le laboratoire nous remarquons que l’une des participantes est absente. Elle avait offert de garder l’entrée du bâtiment pour les possibles retardataires. Au Parc de la Villette tout est hautement sécurisé – avec badges, alarmes, patrouilles, etc. Nous vérifions mais nous ne la trouvons pas. Le travail commence ; soucieux. Arrêt au bout de cinq minutes : trop soucieux. Vérifications, coups de fil, sms, fouilles à l’extérieur. Finalement un sms répond, s’excusant : crise émotionnelle. Soulagés mais atteints nous reprenons le travail, ponctué par des silences particulièrement denses. Atmosphère chargée. Lire la suite

Catastrophe Miraculeuse

Strophe, Antistrophe, Catastrophe

LACURA,  Bibiana Monje, Madrid, 02/11/2016
Traduction française. Original en anglais (première partie), en espagnol (deuxième parite) – en cours de traduction au français.

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Dans la tragcarte-lacuraédie grecque antique, le chœur chantait d’abord une strophe, habituellement une conjecture optimiste qui était ensuite inversée – littéralement: «re-tournée» – dans une clé mélancolique et souvent déprimée: l’antistrophe. La conclusion venait enfin avec l’épode: une résolution philosophique. Mais, inhérente à l’épode, à la tragédie même, il y a une autre réalité, une autre fin: la catastrophe – le désastre, un tournant fatal (mortel), la chute, «le renversement de ce qui est attendu».

Dans la théorie des catastrophes proposée par René Thom, j’ai une hypothèse favorite: le fait putatif que si l’eau est chauffée dans un vase parfait, elle ne bouillera pas. Sa température va continuer à monter au-delà de 100 degrés Celsius. La première bulle de vapeur n’apparaîtra tout simplement pas. Pour que la mutation catastrophique de l’eau en vapeur se produise, il doit y avoir une imperfection dans le récipient. C’est là que la première bulle va apparaître et déclencher la catastrophe: l’eau va se métamorphoser en un nouvel état: vapeur. Un nouveau paradigme se met en place.

Une catastrophe eut lieu au Teatro Luchana de Madrid, le 2 novembre 2016, pour la création de LACURA, de Bibiana Monge – à laquelle j’ai contribué en tant que directeur, ou plutôt codirecteur, puisque Bibiana avait conçu et écrit la pièce, et l’a produite avec des collaborateurs multimédia et éclairagistes. Elle a fait appel à moi pour la mettre en scène, littéralement, lorsqu’elle se sentait prête, elle m’a demandé de l’aider à monter sur scène – ceci, avant que les effets multimédias n’aient été mis en place. C’est ce que nous avons fait en six jours d’excellente folie à deux, affinant les états d’âme et les timings, les styles de jeu et les adresses au public. Quelques mois plus tard j’ai pris l’avion pour aller voir la première à Madrid. Lire la suite

Mario Delgado Vasquez

Mario DelgadoFondateur et directeur du groupe Cuatrotablas, Pérou.

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English translation (soon)

La triste nouvelle arrive le jour même où j’allais reprendre les publications sur ce blog : le décès de Mario Delgado Vasquez. Ce sera donc, en fait, un portique d’adieu pour commencer, fleuri et mélancolique, pour ce magnifique personnage, homme de théâtre, compagnon de route à la fois intime et fantôme (géographiquement lointain : cinq ou six rencontres seulement en quarante ans !) à qui je rends hommage dans l’esprit savoureux (sabroso) et passionné qui était le sien : Lire la suite

Dionisio en Chile Perfeccionamiento Vocal

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por Enrique Pardo

“Perfeccionamiento Vocal”
Escuela de Teatro / Universidad de Chile
Propuesta de Pantheatre Chile

Un análisis mito-pedagógico del VIDEO de presentación del
Programa de “Perfeccionamiento Vocal”

se recomienda ver el video primero / o durante la lectura

Sirenas VER EL VIDEO 

0:00   Primera escena: dos sirenas muy guapas (estas no son sirenas-peces: ¡estas tienen alas!) le dan mil vueltas a una mujer, algo deslumbrada. Se ríen, caracolean y la marean con vitalidad y alegría. ¡Vaya lujo!: dos profesoras para una alumna, ¡y como se divierten! – (“sin los maridos”, sugiriere la maestra…) Lire la suite

Voix / Emotions – Une inversion (en)chantée

figaroSérie Algorithmes et Chamanisme

Philosophie de la voix de Roy Hart
Comment la voix façonne nos émotions
Le Figaro du 21/01/2016.

Au hasard du RER, en route pour CDG2, un businessman abandonne son Figaro en descendant à CDG1. Je le prends pour le feuilleter dans l’avion, et je tombe sur l’article directement responsable pour le titre de cette série Algorithmes et Chamanisme : « Comment la voix façonne nos émotions – Des chercheurs ont réussi à modifier les sentiments ressentis par des volontaires en modifiant les intonations de leurs paroles. »[1] Le commentaire de l’image sur le site du Figaro (ci-contre) dit : « C’est la preuve que l’être humain écoute le son de sa voix pour savoir comment il se sent et que, parfois, il lui fait trop confiance – analyse Jean-Julien Aucouturier, auteur principal de l’étude. »

A beaucoup d’égards, c’est l’inversion parfaite pour mes propos sur la philosophie de la voix de Roy Hart. Lire la suite

An Othello Alarum

An Othello Thing / Sean Lewis
Review by Helen Shaw
Commented by Enrique Pardo

small-othello-thing

This post is an insert into the « Algorithms and Shamanism » series – a  sudden New York ‘alarm’. Thematic links will hopefully become apparent with the series.

Article intercalé dans la série « Algorithmes et Chamanisme »: une soudaine alarme arrivée de New York…  Les liens avec les thèmes de la série devraient apparaître au fil des posts. 

This is a review of a review, and it starts with a high note: I have said often that I think Sean Lewis’ performances are the most interesting I have seen in New York. In fact, he shares a top podium in my private Pantheon with Romeo Castellucci[1], but at the other end of the spectrum: fringe, fractious, distrusted, sometimes even hated. Helen Shaw’s writing on “An Othello Thing” is outstanding on many counts: its poise, its regard (looking over twice), its thinking and cautious consideration of the fascination, seduction – or anger – Sean Lewis can arouse. I must check-out her other reviews: Brava – a great ‘dive’ into that particular alarum! Lire la suite