Catastrophe Miraculeuse

Strophe, Antistrophe, Catastrophe

LACURA,  Bibiana Monje, Madrid, 02/11/2016
Traduction française. Original en anglais (première partie), en espagnol (deuxième parite) – en cours de traduction au français.

PDF   Español   |    English

Dans la tragcarte-lacuraédie grecque antique, le chœur chantait d’abord une strophe, habituellement une conjecture optimiste qui était ensuite inversée – littéralement: «re-tournée» – dans une clé mélancolique et souvent déprimée: l’antistrophe. La conclusion venait enfin avec l’épode: une résolution philosophique. Mais, inhérente à l’épode, à la tragédie même, il y a une autre réalité, une autre fin: la catastrophe – le désastre, un tournant fatal (mortel), la chute, «le renversement de ce qui est attendu».

Dans la théorie des catastrophes proposée par René Thom, j’ai une hypothèse favorite: le fait putatif que si l’eau est chauffée dans un vase parfait, elle ne bouillera pas. Sa température va continuer à monter au-delà de 100 degrés Celsius. La première bulle de vapeur n’apparaîtra tout simplement pas. Pour que la mutation catastrophique de l’eau en vapeur se produise, il doit y avoir une imperfection dans le récipient. C’est là que la première bulle va apparaître et déclencher la catastrophe: l’eau va se métamorphoser en un nouvel état: vapeur. Un nouveau paradigme se met en place.

Une catastrophe eut lieu au Teatro Luchana de Madrid, le 2 novembre 2016, pour la création de LACURA, de Bibiana Monge – à laquelle j’ai contribué en tant que directeur, ou plutôt codirecteur, puisque Bibiana avait conçu et écrit la pièce, et l’a produite avec des collaborateurs multimédia et éclairagistes. Elle a fait appel à moi pour la mettre en scène, littéralement, lorsqu’elle se sentait prête, elle m’a demandé de l’aider à monter sur scène – ceci, avant que les effets multimédias n’aient été mis en place. C’est ce que nous avons fait en six jours d’excellente folie à deux, affinant les états d’âme et les timings, les styles de jeu et les adresses au public. Quelques mois plus tard j’ai pris l’avion pour aller voir la première à Madrid.

bm-wonder-braLa pièce a comme cadre dramaturgique une confrontation entre Bibiana et Big Data – c’est-à-dire la programmation informatique qui s’infiltre et prend le contrôle des comportements humains, manipule le codage des personnalités – en particulier en termes de genre et de préférences sexuelles. L’ordinateur se vante par exemple de la façon dont il peut programmer l’insécurité des femmes … Sa voix plate et lourde rappelle celle de Hal (?), l’ordinateur qui supervise l’Odyssée de l’Espace 2001 de Stanley Kubrick. Vers la fin, Bibiana, plutôt désespérée, essaie de contourner ce big brother en plaçant un appel téléphonique direct à Dieu, le big father. Elle réussit à avoir Saint-Pierre en ligne, c’est lui qui filtre les appels, et qui, après quelques échanges, allume le répondeur de Dieu. Il s’agit d’une scène à la fois hilarante et très touchante – d’autant plus qu’en cette soirée de première, les ordinateurs de la régie de contrôle (réel) ont commencé à faire des ratés et sont finalement tombés en panne. Les programmes informatiques ont complètement déraillé.

Dans la scène de l’appel téléphonique à Dieu, les bips et les voix enregistrées de l’ordinateur sont restés muets ou étaient complètement à côté, tout comme les changements de lumières. Bibiana a dû jouer dans ce chaos en essayant de sauver le spectacle, paraphrasant et commentant, en direct, l’ordinateur devenu fou et ingérable. bm-grandam-phone-2Bibiana l’actrice devait sauver la performance tout en nous confrontant aux sujets politiques, sociaux et même théologiques soulevés par Bibiana le dramaturge, sujets qui abordent la complexité et les défis de ce que j’ai mis sous le terme «algorithmes» dans le titre de la série de ce blog: Algorithmes et Chamanisme. La référence ici est à la prévisibilité computationnelle et à la manipulation possible de nos schémas de comportement et de nos besoins les plus profonds[1]. Bibiana se voyait contrainte soudainement de faire des acrobaties algorithmiques sans filet de sécurité.

La «contre-performance» de Bibiana s’est révélée miraculeuse d’une manière qui la relie aussi au deuxième terme du titre de ce blog: le chamanisme, qui, ici, implique la capacité à découvrir les failles et faillites d’une situation psychologique, sociale ou politique pour pouvoir agir avec le discernement, la perspicacité, l’iconoclasme nécessaires – au besoin antinomiques et scandaleux[2]. Un geste chamanique sait passer à l’acte de façon instantanée, intuitive, émotionnelle, avec, dans le cas de Bibiana, en plus, une magnifique capacité de partage avec le public. Bibiana transforma la soirée en séance. Sa présence d’esprit lui permettait d’aller plus loin, vers ce qui est pour moi l’ultime en termes de présence: la présence d’esprits, au pluriel : le spiritisme. Le théâtre était plein d’esprits: ceux qui s’envolaient de son arbre généalogique, bien sûr, mais aussi toutes sortes de fantômes sociétaux, politiques et technologiques.

bm-and-grandamaLe public lui a donné l’une des plus fortes et des plus chaleureuses ovations que j’ai connues. Il y avait déjà eu plusieurs vagues d’applaudissements à mesure que les catastrophes ont s’empilaient. À la fin, nous étions tous debout, riant et pleurant avec cette étonnante actrice qui, en toute modestie et dans une défaite totale, déboussolée, délavée, avait réussi à nous donner l’une des performances-happenings les plus impressionnantes que j’ai vues.

Etant donnés les effets multimédia plutôt sophistiqués des dix premières minutes, les dérapages qui ont suivi semblaient programmés … Ils étaient d’une « inquiétante étrangeté » vues les réactions improvisées de Bibiana. Le public a d’abord écouté attentivement la voix de l’ordinateur (ou Bibiana « informatisée ») et leurs discours humanoïdes, qui ont vite révélé un programme sérieusement bancal, inhumain et misogyne. De l’humour plutôt vaseux; drôle au second degré, dans son sérieux stupide. Bibiana est aussi une brillante écrivain. La perspective était celle d’un divertissement satirique de haut niveau technologie. Et donc quand la technique a commencé à être franchement à côté de la plaque, et que Bibiana s’est mise à commenter et à discuter avec ses amis dans la régie, le public a tardé à réaliser ce qui se passait. Ensuite le comique a commencé à devenir très, trop poignant, avec des coïncidences trop … miraculeusement appropriées. J’ai parlé après le spectacle avec des personnes qui ne se sont aperçues qu’à la fin du spectacle de ce qui s’était passé, alors que Bibiana gisait par terre devant nous, épuisée, vidée, dans une étonnante double défaite: la défaite psychologique et mélancolique que nous avions mis au point, doublée par le génie «métaphysique» de la façon dont elle a géré la catastrophe informatique, et comment tout semblait fait exprès – le destin semblant corroborer son génie dramaturgique. Certes, nous n’aurions pas pu écrire de telles interfaces, disjonctions, contrepoints, abîmes baroques. C’était de la serendipity d’un type strophique, antistrophique et catastrophique.
bm-stage-with-techsMême le grand Vicente Fuentes, un ami qui fut professeur de Bibiana à l’Académie Royale de Madrid et qui n’est certainement pas un nouveau venu au théâtre, nous a dit qu’il lui a fallu la moitié de la représentation avant qu’il ne décide qu’il s’agissait bien une catastrophe magique qui était en train de se produire et que Bibiana était en train d’improviser, récupérer, commenter et tisser tous les bugs informatiques et les catastrophes dans un spectacle basé sur des ordinateurs qui veulent programmer sa vie et sa personnalité.

La nuit suivante, le 3 novembre, les ordinateurs se sont comportés comme il faut. Suivent mes réflexions à Bibiana, écrites originellement en espagnol (bientôt traduites en français.)

[1] Mon attitude envers les algorithmes est en fait possitive. Je dis : soyons modestes, ne nous prenons pas pour des miracles uniques, libres et imprévisibles…

[2] Je pense au scandale créé par le tweet d’Alejandro Jodorowsky que j’ai donné comme exemple de geste chamanique et que j’ai associé au génie herméneutique de Roy Hart.

Deuxième Partie – original en espagnol. En cours de traduction au français.

La Antistrofa

Querida Bibiana.
Lo que sucedió en las dos representaciones en Madrid, en el estreno “catastrófico” y en la segunda noche (tan temida por los teatrantes), pide meditación y algunas conclusiones. En la segunda, los ordenadores se portaron bien, hicieron (mas mas que menos) lo que se les pidió, y salió el espectáculo como lo tenían planeado, con el marco añadido y mucho mas sofisticado de proyecciones e imágenes y de efectos de luz. La “segunda” fue para mí el verdadero estreno, digamos, profesional, ya que era la primera vez que veía el espectáculo dentro de ese marco técnico, el que nos dejó plantados la noche anterior y desencadenó el gran happening “espiritista” – que, claro, eché de menos…

bm-grandma-phoneMi principal reflexión concierne lo que más me impresionó de ti en esa primera noche: tu presencia verbal. Me refiero a tu escritura, a tu retórica teatral, a tu actitud, a tu inventividad escénica: como lograste comentar y convivir (conbibir) con los eventos catastróficos del estreno, a tal punto que parecían hechos a posta, escritos. Y de entrada te diría que es a lo que más espacio le daría en tu espectáculo, y que buscaría un equilibrio mucho mas a favor de tu “presencia verbal” – la cual incluye tu gestos y muecas y lo bien que te moviste en el espacio escénico. Voy a tratar de ser explícito.

Darle prioridad a tu presencia verbal es darte a ti misma la superioridad ética y técnica: que lleves un micrófono siempre (uno de esos minúsculos con mini transmisor…) para que ante todo se te oiga a ti – tu voz, o sea, lo que tienes que decir. Me perdí demasiado texto en la segunda noche – culpa acústica, de dicción, de velocidad, de timing y de cadencia. Un amigo, hombre de negocios, que vino a verte, me habló de cómo se entrenan los grandes dirigentes de empresas (con coaches que cobran una fortuna) para escribir los chistes y soltar bromas en público y lograr el prestigio de hacer reir a los invitados – y en el fondo, ganar lo que viene a ser un concurso oratórico[1].

bibiana-inchando-mejillasLa clave, para mí, está en esa frase que dices que le dijo tu profesora de escuela a tu madre, con un tono quejoso de ineptitud sentimental: “Es que su hija, señora, es muy simpática!” La pobre, ¡estaba enamorada de ti! ¡Frita! No podía contigo y menos corregirte o disciplinarte.

¿Cómo lograr la magia de estos niveles de simpatía?[2]  Lo primero que diría es que “superioridad moral” no significa que tu personaje escénico se presente como superior, al contrario. Dos ejemplos: Mata Hari y Wonder Woman (que mencionas en tu espectáculo, si recuerdo bien.) Desarrollo el primero:

bm-inchando-mejillasMata Hari es el emblema de una cierta superioridad (y feminismo) “fatal”: la mujer espía, libre y traidora, la femme fatale, con cuya actitud y voz te descubrimos al principio, bailando estilo strip-sensual, y luego hablando con voz de seductora dominatrix. Solo que, lo que dice tu personaje, con tanta autoridad, ¡son burradas ético-políticas – eslóganes de quinta categoría! Ahí, con esas contradicciones, empezaron las risas. Mucho menos en la segunda noche porque no se te oía bien e ibas demasiado de prisa. ¡Hay que sacarle el jugo a la ironía de estos oximorones! Y para lograrlo, tenemos que oírte con toda claridad: la palabras, el tono de tu voz y los comentarios con los que, yo recomendaría, traicionas también a Mata Hari. Comentarios de tipo: “¡Esta tipa no sabe lo que dice!, shhhhh – calladitos… A ver que mas burradas dice, la señora…” O sea, que desconstruyas tu propio discurso, e identidad, a medida que la vas creando y diciendo[3]. En general le metería a todos los textos mucha más desconstrucción, comentarios que le dan “la vuelta a la tortilla” (antistrofa). Todo esto necesita que le des más tiempo y mejor timing – dejando que el público se entere poco a poco de tus niveles de ironía. Y mientras más complejos, mejor.

Y haría lo mismo con todo lo que es técnica: luz, imágenes y sonido. Y abiertamente, para inducir complicidad con el público, y muchísimo menos con los ordenadores. Como su nombre lo indica, los ordenadores están ahí para ordenar (poner orden y dar órdenes…) Esquívalos. Sobre todo cuando actúan con el ansia de cadetes novatos que quieren ponerse a tu servicio, para enfatizar, ampliar y subrayar, a tal punto que te quitan la libertad. No les hagas caso, no tienes porqué plegarte a esas maniobras. No lo necesitas. Al contrario, has que los efectos dramáticos que proponen también caigan en tus estrategias de ironía. Tu complicidad es con el público, y con el público subviertes el sensacionalismo y la seudo-superioridad de la técnica y de su dramatismo, sus “chuladas”, sus cambiazos. ¡Incluso tómale el pelo a la técnica! Preguntarle al público si les gustó el efecto; “!Vaya luz roja la que me han puesto! ¿Qué les parece? ¿Me parezco a Wonder Woman?” Equivócate de lugares de luz y encuentralos después, etc.

No entres o te pongas “a pié”: contrapuntéa. Como sabes, los principales ‘dictamines’ en mis propuestas de un teatro coreográfico vienen a ser: la disociación y el contrapunto. Maniobras que subvierten la dictadura dramática que pide mucho impacto y poco pacto, mucho efecto y poco afecto. Pactar, aquí, es dejar que suban las melancolías, las derrotas, las zonas oscuras de la naturaleza humana, lo que quizás nunca lograremos cambiar… Soltar de vez en cuando el acelerador, soltar la presión, entrar en desfase, para que suba y pase por el escenario esa gran dama que se llama: Depresión.

bm-flooredPero, sobre todo en tu caso: siempre comentando. Incluso en los momentos más íntimos, de soledad, de desesperación. Es tu fuerte; es ahí donde eres tan “simpática” y que no hay modo de resistirte. Y todo esto sin quitarle la cualidad humana a tu propósito y a tu actuación. Sin volverte payasa. Sin disminuir el impacto de tus regresiones, como cuando haces la bebé o la niñita seductora haciéndole ojitos a “Dios Padre”… O sea, sin diluir la fuerza, la furia, la inteligencia de tus convicciones políticas – ¡sí!: de tu feminismo.

Última sugerencia: las simpatiquísimas fotos y películas de ti que se proyectan. ¡De bebé con peluca y con un puro! O, el momento del corte del cordón umbilical. O, tu cara de niñita con las mejillas infladas (repítela tres veces – déjanos gozarla un poco más…), y la obra maestra: la foto de familia contigo adolescente, detrás de todos, lanzándole a la cámara (y al mundo) un espectacular corte de manga. Son momentos que necesitan ser más explícitos. Yo no vi bien algunas fotos – sobre todo la del corte de manga. Hay que darle más tiempo y menos luz para que podamos verla mejor. Y tú, explícala más: “mi papa, mi primo favorito, su novia tonta, mi tía pesada, mi tía pilla… y esa detrás: ¿habrán adivinado quien es esa, verdad?” Y le haces la “danza del corte de manga” a Dios y al mundo, (no al público), paseándote fuera y dentro de la foto, metiendo la cara en la luz del proyector, etc.

[1] Cuando revisaba mis notas, cayó la noticia de que EEUU ha elegido a Trump. Hace unos días, Linda Wise me señaló un video de una de esas “competiciones” oratóricas, allá las llaman roasting, en la que Obama, usando de su elocuencia (y quizás abusando de su posición de presidente), humilló a Trump – con super timing, ironía y, yo diría, una peligrosa selección de videos… Vale la pena echarle un vistazo. Me temo que pagaremos el pato… ¿Que venganzas nos preparan los resentimientos de Trump y de su América populista después de haberse “tragado” un presidente negro, inteligente, fino, demócrata y con un fuerte sentido de responsabilidad social: un presidente superior éticamente? Dentro de esta perspectiva, tu ética e incluso tu insolencia me gustan mucho, así como me gusta lo que quieres decir con tus videos. (¡Preparemos una gira por Nueva York! No bromeo…)

[2] De hecho “magia” y “simpatía” son equivalentes culturales, son la misma cosa, si se ahonda el tema y su historia. Aquí, en Francia, mi referencia y diálogos principales son con el filosofo francés Xavier Papaïs: le rehabilitación del concepto de magia. INFORMACION

[3] El caso de Wonder Woman (admito que no la conozco bien) me parece más el de una heroína joven, inocente e inexperimentada,  que quiere a arreglar el mundo y sus injusticias en base a indignaciones e intervenciones morales (à la Superman). No me burlaría de ella, pero si le daría la vuelta a su inocencia. Este enfoque me recuerda a la diosa Dike (la figura arcaica de la Justicia): recurrir a ella era un asunto muy peligroso. Muchas veces el que venía a quejarse se llevaba la bofetada por inocentón: ¡despabila!

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s